l'étendard

l'étendard

 

Depuis sa fondation, Esterhazy a abordé de nombreux étendards, dont nous allons dresser ici l’historique. En ce qui concerne les noms de bataille qu’ils arborent, ils sont détaillés sur une page spéciale.

 

D'après les informations dont nous disposons, l'ensemble des étendard actuellement présents en salle d'honneur du régiment sont des reproductions commandées par le colonel Gouraud en 1937.

L'ancien régime

A cette époque, chaque régiment arborait les armoiries de son colonel-propriétaire, qui affiche par son blason l’ancienneté de son lignage. Les armoiries de la famille Esterhazy auraient quant à elles été octroyées par l’empereur Sigismond de Luxembourg et remonteraient au XV° siècle.

 

A l’origine, leur définition héraldique était « d’azur au griffon d’or armé lampassé de gueules tenant en sa dextre une badelaire d’argent garnie d’or et dans sa senestre une massue aussi d’or ». Elles évoluèrent ensuite en « d’azur à un griffon couronné, soutenu d’une couronne, le tout d’or, tenant de sa patte dextre un sabre d’argent, et de sa senestre une branche de trois roses de gueules boutonnées d’or ».

 

Ordinairement, les Esterhazy timbraient leurs armes d’un heaume, lui même ceint par une couronne comtale (à la différence de la branche autrichienne, qui arbore une couronne princière) et adornée de lambrequins, avec pour cimier un griffon issant (sortant) de la couronne.

les armoiries «francisées» de la famille Esterhazy

Le timbre fut plus tard réduit à la couronne qui fut en même temps transposée dans l’écu où elle se dédoubla en un exemplaire sur la tête du griffon et un exemplaire sous ses pieds.

 

Arrivée en France, la famille Esterhazy apposa sur ses armes une couronne comtale de type français. Enfin, le sabre et les trois roses symbolisent la vaillance de la famille Esterhazy, mais aussi sa courtoisie et son élégance.

L’ordonnance royale du 15 novembre 1679 avait fixé les usages en matière d’emblèmes dans les régiments de cavalerie. Ainsi, pour ceux n’arborant pas les lys de France, l’avers devait porter le soleil, le revers la devise du Mestre de Camp. Le premier emblème d’Esterhazy procède donc de cette règle: il a la forme d’un guidon, le côté flottant étant fendu par le milieu pour former deux extrémités arrondies, avec le soleil à l’avers et au revers la devise «il en vaut plus d’un».

reproduction du guidon de 1779 du régiment

le guidon de 1772

Conformément à l’ordonnance du 8 janvier 1873, les Hussards d’Esterhazy possédaient deux étendards par escadron, portés par chacune de leurs deux premières compagnies. Une ordonnance royale du 21 décembre 1762 supprima les étendards dans les régiments de Hussards, cependant rétablis en juin 1772 après la protestation des mestres de camp des quatre régiments de Hussards. réduit à deux par régiment, ils prirent une forme carrée, avec à l’avers le soleil chargé de la devise adoptée par Louis XIV «Nec Pluribus Impar » (dont la traduction la plus communément admise est «à nul autre pareil»). Les porte-étendards furent rattachés aux compagnies du Mestre de camp en second et du Lieutenant-colonel.

 

Après 1779, le soleil et la devise royale furent remplacés par un dragon qui restera le symbole des Hussards jusqu’à la Révolution, surmontant l’inscirption «Vigiliencia». L’ordonnance du 17 mars 1788 affectera un étendard à chaque escadron, sous la forme de guidons de cavalerie légère. A ce moment, les guidons du régiment étaient en soie bleue ornée de trois fleurs de lys d’argent, tout comme les franges, cordons et glands.

 

Sur ces premiers étendards, les informations restent contradictoires et parcellaires.

 

la Révolution

La chute de la monarchie entraine une défiance vers tous les symboles anciens de la royauté. Une symbolique révolutionnaire se développe, inspirée pour l’essentiel de la Rome antique et particulièrement de la République: lauriers, faisceaux de licteurs, bonnets de la liberté (dit phrygien), arbres, soleils, etx... Les emblèmes les plus représentatifs mis en place sous ce régime comportaient un faisceau de licteur posé en pal, surmonté d’un bonnet phrygien rouge, le tout flanqué de médaillons frappées du sigle RF (pour République Française) et le numéro du régiment, encadré de feuillages et coiffé de la couronne civique. On ne trouve pas encore à cette époque d’étendards tricolores homologués.

 

En 1791, le régiment arbore toujours l’étendard carré de l’Ancien Régime. En 1792, la fleur de lys qui en ornait les coins cède la place à une symbolique révolutionnaire (faisceau de licteur coiffé du bonnet phrygien). Les trois couleurs n’apparaissent que sous forme d’un simple listel sur les bords de l’étendard du seul 1er escadron. Le dragon et la devise «discipline, obéissance à la loi» figurent toujours sur chaque étendard à la couleur de son escadron.

 

Sous le Directoire (1794 - 1799), le régiment adoptera l’étendard tricolore, avec cependant une grande liberté dans la disposition des couleurs et dans l’ornementation. Il faudra attendre 1804 pour que Napoléon décide d’un règlement unique relatif aux emblèmes.

l'un des étendards du régiment en 1793

 

le Premier Empire

En 1804, Napoléon impose un standard unique pour la réalisation de tous les emblèmes de l’armée française. Le blanc occupe le coeur de l’étendard, tanis que le bleu et le rouge sont limités aux triangles latéraux. Chacun de ces derniers porte sur les deux faces le numéro du régiment entouré d’une couronne de lauriers aux extrémités liées par un ruban déployé. Dans la partie blanche est inscrit à l’évers « L’Empereur des Français au 3° Régiment de Hussards » et au revers « Valeur et discipline - x° Escadron ». Chaque escadron détient toujours son propre étendard, sans cravate ni franges, l’Empereur souhaitant concentrer la symbolique sur l’aigle de bronze doré au sommet de la hampe, réputé non périssable, reposant sur un socle portant à l’avers et au revers le chiffre 3.

 

Le 5 décembre 1804, lors de la cérémonie de remise des aigles, le 3° régiment de Hussards, composé de quatre escadrons, reçut quatre étendards. L'étendard conservé en salle d'honneur est celui du 4e escadron. C’est en 1806 que l’Empereur décide de réduire à un seul le nombre d’étendard par régiment de cavalerie.

Reproduction d’un étendard modèle 1812 du 8° Hussards.

Sur les trois couleurs désormais verticales, on peut voir l’ornementation particulièrement chargée.

 

Cet étendard régimentaire désormais unique devient en revanche plus riche; il s’orne de franges d’or et d’une cravate sous le nom de modèle 1812; les trois couleurs sont disposées dans le sens vertical et sont parvenues ainsi jusqu’à nos jours. Très orné, il est chargé de monogrammes impériaux («N»), de couronnes de lauriers et impériales, d’étoiles, de palmettes et d’abeilles. A l’avers est inscrit sur quatre lignes: «L’Empereur Napoléon au III° Régiment de Hussards», tandis que le revers porte les noms d’Ulm, Iéna, Eylau et Friedland.

 

la Restauration

Dès la Première Restauration en 1814, Louis XVIII ordonna l’abandon du drapeau tricolore au profit du blanc fleurdelisé, sur lequel figurait l’ancien numéro du régiment et de nouveaux noms d’honneur.

 

Ce carré de taffetas de 55 centimètres de côté était chargé à chaque angle du numéro du régiment, agrémenté d’une guirlande alternée de fleurs de lys et de rosettes. Au centre de l’avers figurait l’inscription « Le Roi au Régiment du Dauphin - 3° Hussards », tandis que les armes de France figuraient au revers. Enfin, la fleur de lys remplaça l’aigle de bronze doré au sommet de la hampe.

 

Au retour de l’île d’Elbe, Napoléon rétablit l’étendard tricolore et fit remonter l’aigle de bronze, mais la Seconde Restauration en 1815, supprime à nouveau son numéro au 3° Hussards, remplacé par une simple rosette. A l’avers l’inscription est désormais « Le Roi au Régiment des Hussards de la Moselle ». Le chiffre 3 est finalement réintroduit en 1825.

 

 

la Monarchie de Juillet

Louis-Philippe, qui cherche à se concilier les Français, prend le titre de «Roi des Français» (et non plus roi de France) et fait réaliser de nouveaux emblèmes qui reprennent les symboles hérités de la Révolution et de l’Empire, et notamment les trois couleurs en bandes verticales. La hampe est désormais surmontée d’un coq gaulois. A l’avers de l’étendard est peint à l’or fin « Le Roi au 3° Régiment de Hussards » et au revers « Honneur et Patrie », devise de la Légion d’Honneur. Il porte en outre une cravate aux couleurs nationales.

 

la Seconde République

L’étendard perd sa forme carrée (il mesure désormais 60x64cm). A l’avers est désormais inscrit « République Française - 3° Régiment de Hussards », entouré de la devise « Unité - Liberté - Egalité - Fraternité ». Au revers est inscrite une autre devise : « Valeur et discipline ». La hampe est cette fois coiffée d’un simple fer de lance, frappé sur sa base de la date 1848.

 

 

le Second Empire

Avec le coup d’état du 2 décembre 1851, la mise en place du nouveau régime s’accompagne de l’attribution d’un nouvel étendard: un aigle, légèrement modifié par rapport à celui du I° Empire et dont la foudre irradie des éclairs, réapparaît en sommet de hampe. La face antérieure de son socle porte le chiffre 3 et la face postérieur le mot Hussards. A l’avers de l’étendard, on peut lire « Louis Napoléon au 3° Régiment de Hussards », tandis que le revers porte le sigle «RF» et les noms de bataille suivants: Arlon 1793, Iéna 1806, Friedland 1807, Redhina 1811 et Montereau 1814.

 

L’Empire, proclamé un an plus tard, voit une réédition du graphisme de 1812. L’avers porte l’inscription : « L’Empereur Napoléon III au 3° Régiment de Hussards ». L’aigle de bronze doré est remplacé le 21 mars 1863 par un modèle allégé dit « de 1860 » en bronze d’aluminium. Le 3° Hussards ne percevra d’ailleurs jamais l’étendard de grande dimension (60x80 cm) qui devait être mis en place une fois l’ancien modèle jugé trop usé.

 

la Troisième République

Après avoir ordonné le 5 juillet 1871 la destruction de tous les emblèmes rescapés de la guerre venant de s’achever, le Colonel de Kerhue reçoit consigne du gouvernement provisoire, comme tous les chefs de corps, de faire confectionner un emblèe en simple tissu, sans ornement et avec la seule inscription « 3° Régiment de Hussards ». Il n’en a pas été conservé trace, mais cet ordre étrange reflète bien l’incertitude planant à l’époque sur le type de régime qui aller succéder à l’Empire, république ou monarchie, ainsi que sur le choix des symboles correspondants.

 

La situation est clarifiée en 1875 et la République est installée.

 

Le 14 juillet 1880, le colonel Renaudot reçoit des mains du président Grévy, sur l’hippodrime de Longchamps, le nouvel étendard qui obéit aux règles que nous connaissons aujourd’hui: retrouvant sa forme carrée (64x64 cm), portant sur l’avers l’inscription « République française - 3° Régiment de Hussards » et au revers la devise « Honneur et Patrie », surmontant les noms de bataille suivant (limités au nombre de 4 en février 1879) : Iéna 1806, Eylau 1807, Friedland 1807, Montereau 1814. La hampe porte un fer de lance doré reposant sur un tambour frappé sur une face d sigle «RF» et sur l’autre « 3 Hussards ».

 

le XX° Siècle

Après révision de la liste des noms de bataille homologués le 16 octobre 1926 par une directive ministérielle, l’étendard du 3° Hussards s’enrichit de trois noms supplémentaires : L’Ourcq 1914, Ypres 1914, La Marne 1918. Il reçoit la croix de Guerre 1914 - 1918 avec deux citations à l’ordre de l’armée le 8 juin 1919 ainsi que la fourragère aux couleurs de cette croix de guerre.

 

Le 17 janvier 1945, la croix de guerre 1939 - 1945 avec une étoile d’argent lui est attribuée, mais ne lui est remise officiellement que le 21 septembre 2002 à Senlis.

 

Par ailleurs, l’étendard porte également le nom de Valmy, après la décision prise le 7 mars 1789 d’en faire inscrire le nom sur tous les emblèmes des régiments ayant participé à la bataille.

Remise de la croix de Guerre 14-18 à l’étendard du régiment

Enfin, l’étendard du 3° Hussards a reçu une distinction allemande le 15 janvier 2001 à Stuttgart des mains du ministre-président du Land de Bade-Würtenber, M. Teuffel: il s’agit du Fahnenband de ce Land, remis le même jour à toutes les unités de X° Panzerdivision ayant été engagées en Bosnie et au Kosovo au cours de l’année 2000.

Fourragère ou Légion d'Honneur ?

d'après les recherches du CNE TOURILLON

 

Le régiment est le seul des régiments de Hussards à porter une fourragère. Celle-ci vient récompenser la conduite des Hussards durant la première guerre mondiale, mais n'aurait pas dû être attribuée si l'on s'en tient strictement aux textes.

 

Dans le passé et avant l'instauration des fourragères type 1916, les uniformes étaient ornés soit d'aiguillettes soit de fourragères. A l'origine, les aiguillettes servait à attacher les pièces de vêtements ou d'équipements voire des différentes pièces d'armures. Elles sont caractérisées par la présence d'un ferret métallique à chaque extrémité de la « cordelette» comme on le retrouve sur la fourragère actuelle.

 

Les fourragères, elles, étaient des cordes tressées ne comportant pas de ferret à leurs extrémités mais de gros noeuds tressés en forme d'épissure appelés « raquettes ». Ces cordes que les soldats portaient autour de l'épaule, servaient à lier le fourrage des bêtes. Les fourragères ornaient exclusivement les uniformes des soldats des troupes montées (Cavalerie, Artillerie, Train ....). Les fourragères actuelles dérivent de l'association des deux ornements.

 

La fourragère telle que nous la connaissons apparaît en 1916, la circulaire de création est datée du 21 avril de cette même année, spécifie : « Il est créé un insigne spécial destiné à rappeler d'une façon permanente les actions d'éclat de certains régiments et unités formant corps cités à l'Ordre de l'Armée. Cet insigne sera constitué par une fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre. »

 

En ces périodes « troubles » de la guerre où l'entrain et l'enthousiasme s'étaient amenuisés où la lassitude s'installait et où les désertions les mutilations volontaires se développaient dangereusement le commandement sentit la nécessité, afin de susciter l'émulation et de fortifier l'esprit de corps, de créer une distinction basée sur le nombre de citations obtenues. Cette distinction devait se traduire par l'adoption de fourragères de couleurs et de formes différentes. C'est Monsieur MAGINOT, Ministre de la Guerre qui le 5 février 1924 codifiera le cérémonial de la remise de la fourragère

 

Les fourragères sont donc attribuées en fonction du nombre de citations reçues:

  • 2 citations: fourragère Croix de Guerre
  • 4 citations: fourragère MédailleMilitaire
  • 6 citations: fourragère Légion d'Honneur
  • 9 citations: fourragère double Légion d'Honneur et Croix de Guerre
  • 12 citations: fourragère double Légion d'Honneur et Médaille Militaire
  • 15 citations: fourragère double Légion d'Honneur

 

Cependant, le 8 juin 1919, le 3ème régiment de hussards reçoit, l’autorisation de port de la fourragère aux couleurs du ruban de la croix de guerre 1914-1918, pour les faits suivants :

  • Avoir pris un drapeau à l’ennemi le 10 septembre 1914,
  • Avoir eu une citation à l’ordre de l’armée pour sa belle conduite lors de l’offensive sur l’OURCQ le 1er et 2 juin 1918. «…le 2 juin il attaque avec une superbe bravoure, attirant sur lui une partie de l’effort ennemi ; a donné le plus bel exemple d’une troupe ardente et audacieuse… ».

 

Vraisemblablement, le Colonel commandant le 3°Régiment de Hussards en 1918 eut le choix entre les deux solutions suivantes :

  • Soit, demander l'attribution de la Légion d'Honneur à l'Etendard et ne pas obtenir de fourragère car le régiment n'avait qu'une citation ;
  • Soit demander l'assimilation de la prise d'un drapeau allemand à une citation et faire attribuer ainsi la fourragère au régiment mais en privant l'étendard de la Légion d'Honneur.

C'est la deuxième solution qui fut retenue et le Maréchal de France PET AIN signa l'Ordre Général le 8 juin 1919.

 

Pour que ses hommes puissent porter fièrement cet insigne qui indique, aux yeux de tous, le comportement valeureux de ses soldats, le Chef de Corps a pris cette décision, conscient de l'importance que revêtait l'attribution de la fourragère à cette époque.

 

L'attribution d'une fourragère individuelle pour illustrer la valeur des combattants et la
 légitimité de leur combat illustre l'adaptation des règles d'octroi des récompenses. Ce choix 
ayant été fait au détriment de la Croix de la Légion d'Honneur, et sachant que la Grande
 Chancellerie de la Légion d'Honneur ne décerne plus de croix aux formations, toute
 possibilité de voir la Légion d'honneur attribuée à l'étendard du 3°RH serait vaine 
aujourd'hui.

 

Pour plus de précisions sur le port de la fourragère, voir l'article très détaillé sur wikipédia.