le capitaine Sonnois

Le capitaine Sonnois

 

 

le capitaine Sonnois,

photographié au régiment en 1913

Débutant sa carrière militaire comme conscrit au 2° Dragons en 1889, il rejoint le 3° Cuirassiers comme sous-lieutenant en 1896, le 28° Dragons comme lieutenant en 1898 puis finalement le 3° Hussards en 1903. Il est nommé capitaine commandant le 3° Escadron en juin 1913.

 

Le 10 septembre 1914 près de Mont-l’Evêque, alors que la grande offensive de la Marne est engagée depuis plusieurs jours, le capitaine Sonnois, parti en reconnaissance accompagné du seul maréchal des logis Noury, se trouve séparé de son unité. Renseigné par des habitants, il apprend qu’une quinzaine de fantassins allemands suivent la voie ferrée de Crépy à Senlis.

 

Il s’y porte au trot avec le maréchal des logis, et n’apercevant rien, se dirige sur un passage à niveau situé à 200 mètres environ; en approchant de la maison du garde-barrière, ils aperçoivent roulé dans un étui, un drapeau allemand appuyé contre la porte.

 

Hypnotisés par l’appât de ce trophée, avec une décision et une audace remarquables, le capitaine Sonnois et le maréchal des logis Noury, entrent, sabre à la main, dans la maison. Les Allemands qui s’y étaient réfugiés, s’échappent par la fenêtre de derrière; les quatre derniers, dont le sous-officier porte-drapeau, sont capturés et amenés à Senlis avec le drapeau du 2° bataillon du 94° régiment de Landwer de Saxe-Weimar.

 

Ce glorieux trophée du régiment est aujourd’hui aux Invalides, le régiment en conserve une réplique dans sa salle d’honneur. Ce fait d’armes est rappelé dans le chant du 2° escadron.

 

Le capitaine Sonnois rejoint le 20° Chasseurs en 1916. Cité trois fois, il finit la guerre chef d’escadrons. Il quitte le service actif en 1925 et décède en 1939.

 

Le capitaine Sonnois reste un exemple d’audace, à l’image des Hussards d’autrefois qui faisaient mettre bas les armes à un ennemi moultes fois supérieur en nombre.

Voici un article de Jean Brunon, paru en 1970 dans la revue "la Sabretache", dans laquelle il reproduit le récit fait par le CNE Sonnois de son fait d'arme.

 

 

 

A LA POINTE DU SABRE....

COMME LES ANCIENS

 

Le trophée prussien du 3e Hussards, 10 septembre 1914

 

La guerre de 1914-1918 fit tomber entre nos mains treize drapeaux régimentaires de l'Armée allemande, dont deux furent remis, par ordre du général Joffre, au maréchal French qui les conserva longtemps à son quartier général. Sur ces treize trophées, un seul fut conquis par la cavalerie; cet honneur revint au 3° Hussards qui s'empara du drapeau du 2e bataillon du Régiment d'Infanterie de Réserve n° 94 .

 

Dans le tourbillon d'une charge de cavalerie ou pendant la poursuite d'un ennemi défait et en retraite, la conquête d'un trophée est un fait d'armes, et cela d'autant plus que le drapeau est ardemment défendu. Dans le cas présent, les circonstances qui entourent la conquête du drapeau du Régiment de Landwehr n° 94 confèrent à ce fait d'armes une place de premier rang. Bénéficiant d'une monture moins fatiguée que celle de son maréchal des logis, qui le suivait à quelque distance, le capitaine Sonnois était seul au moment où il aperçut le drapeau, serré dans son étui et appuyé au mur, près de la porte d'une maison de garde-barrière, entre Senlis et Mont-1'Evêque, le 10 septembre 1914; il était encore seul lorsque, sautant à bas de son cheval, son sabre à la main, il passa la porte, tombant inopinément sur le groupe de fantassins allemands qui, cherchant des vivres, envahissaient la pièce; il était toujours seul pour maintenir de la pointe de son sabre le " Fänrich " (aspirant) et deux soldats allemands, tous les autres s'étant enfuis par la fenêtre. Aucun d'eux ne songea à utiliser ses armes contre Sonnois. C'est alors que survint le maréchal des logis, unique compagnon de son capitaine à ce moment, qui désarma les trois Allemands maintenus en respect par le sabre de l'officier. Ces éléments d'une armée en retraite, fourbus et affamés, appartenaient au 2e bataillon du Régiment d'Infanterie de Réserve N° 94.

 

Grâce à son courage, à son esprit d'initiative, qualités d'un officier de cavalerie dans la plénitude de leur application, le capitaine Sonnois avait, dans les courts instants dont il disposait, conservé l'avantage et annihilé toute action de la part de ses nombreux adversaires.

 

Le 9 septembre 1914, alors que se déroulait la bataille de la Marne, la 3e Division de Cavalerie, à laquelle comptait le 3e Hussards, avait pour mission de couvrir la gauche de la VIe8 Armée dans la région d'Ormoy-Villers (Oise). Dans le déroulement des mouvements de la Division, le capitaine Sonnois, commandant l'un des escadrons de ce régiment, se trouva séparé de ses hommes et fut surpris par la nuit au nord de la route Senlis-Crépy en Valois. Voici, d'ailleurs, le récit de cet épisode par le capitaine Sonnois lui-même, récit écrit à la demande du colonel Gouraud, commandant le 3« Régiment de Hussards, à Strasbourg, en 1937, à qui nous en devons la communication :

 

« Le 9 septembre 1914, à la suite de divers incidents qu'il serait trop long de relater ici, je m'étais trouvé seul, à cheval, avec un maréchal des logis de réserve de mon escadron, Noury, également à cheval, et un cavalier démonté du 2e Escadron, au nord de la route Senlis-Crépy en Valois, dans une région où je risquais fort, étant donnée la situation, de rencontrer au cours de la nuit des troupes ou fractions de troupes allemandes. Il était environ 21 heures et je devais être à une dizaine de kilomètres de Senlis. Je décidai donc de continuer dans cette direction et de tenter d'aller nous reposer quelques heures, hommes et chevaux, dans une propriété située près de Villemétrie sur la route de Baron, et appartenant à une famille de mes amis, les Kulp, d'autant que Noury montait précisément le cheval de chasse de Madame Kulp. Au cours de notre marche, j'avais, franchissant la route de Senlis, rejoint la voie ferrée, en profond déblai et bordée d'une épaisse haie d'acacias qui nous offrait un abri utile à cause d'un éclatant clair de lune. Pendant notre progression le long de la voie, nous entendîmes distinctement de l'autre côté, sur la route de Baron, le bruit d'une forte colonne de cavalerie s'écoulant vers Baron ; impossible de nous rendre compte si c'était cavalerie française ou allemande; j'appris le 12, quand ma chance me fit retrouver le régiment, que c'était précisément ma Division. la 3e D. C.

 

Après avoir franchi la voie ferrée sur un ponceau que je connaissais, nous mîmes pied à terre dans un pré, en face des communs de la propriété Kulp, et j'envoyai Noury appeler pour faire ouvrir la porte. Il revint sans avoir réussi.

 

J'y allais à mon tour et fis tant de bruit qu'une fenêtre finit par s'ouvrir au-dessus de ma tête et j'entendis une vois s'informer avec quelque anxiété. Je répondis que j'était officier français, ajoutant que j'avais avec moi Pickwick (c'était le nom du cheval de Madame Kulp). Ce nom prononcé eut un effet instantané et, dix minutes après, nos deux chevaux étaient installés dans deux boxes, de la paille jusqu'aux genoux, et buvaient à satiété en mangeant une ample ration de foin, en attendant leur avoine; les pauvres bêtes, il y avait longtemps qu'elles n'avaient pas été à pareille fête.

 

Le vieux jardinier-gardien de la propriété jubilait de revoir la monture de sa patronne. Quant à nous, après avoir fait disparaître une sympathique omelette et bu un bon café préparés par la femme du jardinier, nous nous jetâmes sur des matelas où le sommeil nous prit tout de suite : il était, je crois, près de 1 heure du matin.

 

Avant 5 heures, j'étais sur pied, et, après avoir fait boire et sellé mon cheval, je partis en quête de renseignements, ceux fournis par nos hôtes me paraissant assez peu précis. Direction Senlis où j'arrivais un quart-d'heure après. Je n'oublierai jamais la vision de cette malheureuse petite ville, si gaie d'aspect quelques semaines auparavant, offrant maintenant le spectacle de la désolation, de la dévastation. De toute la rue centrale, depuis la place de la Gare (celle-ci incendiée et en ruines) jusqu'aux abords du quartier du 3e Hussards, seul demeurait intact l'Hôtel du Grand Cerf où j'appris quelques heures plus tard qu'avaient séjourné plusieurs Etats-Majors allemands. Tous les autres immeubles, la belle habitation du notaire (Me Langlois), l'Hôtel du Palais de Justice, ancien et de style, tous avaient été incendiés et, presque partout, les décombres fumaient encore; au quartier, dont je fis le tour, tous les bâtiments du deuxième demi-régiment étaient brûlés, le grand manège portait des traces manifestes de tentative d'incendie, les autres bâtiments avaient été saccages et pillés mais le temps avait manqué, probablement, pour y mettre le feu. Au cours de ma lugubre promenade, je n'aperçus pas un habitant, comme si la ville eut été abandonnée, et je repris la direction de Mont-1'Evêque où je voulais voir, si possible, le Maire, Monsieur de Perseval, qui pourrait peut-être me donner des renseignements utiles. Je le trouvai, en effet, chez lui, dans sa propriété qui portait les traces irrécusables du passage des vandales et, tout en savourant un café au lait qui me parut exquis, j'appris de lui que, d'une façon générale, les troupes allemandes n'avaient fait que passer, les Etats-Majors seuls ayant séjourné plusieurs jours et se remplaçant. Pillage général, naturellement; ses remises et selleries avaient été vidées; en revanche, les Anglais qui n'avaient fait que passer, le 4 ou le 3, je ne me souviens plus bien, puis les Allemands, lui avaient laissé un lot important de chevaux trait et selle, blessés ou boiteux, en tous cas inutilisables, qui erraient en liberté dans le parc. Depuis deux jours, plus un Allemand.

 

Au moment où je lui faisais mes adieux, devant la grille, j'étais rejoint par Noury que j'avais prévenu au passage et nous voyions arriver en courant le garde de la commune, mobilisé comme G.V.C. , lequel nous apprenait qu'une troupe d'une quinzaine d'Allemands, avec un drapeau, suivait la voie du chemin de fer vers Senlis. C'était évidemment tentant. Aussi, remontant à cheval, nous gagnâmes la voie ferrée; Noury, dont le cheval était assez fatigué, restait en arrière. J'arrive à un passage à niveau et aperçois, appuyé au mur à côté de la porte de la maison du garde-barrière, un drapeau dans sa gaine. Pas de doute, mes Allemands ont là; et, sans même penser à prendre mon revolver au lieu de mon sabre que j'avais, en partant, sorti du fourreau, par réflexe de cavalier à cheval, je saute à terre et ouvre la porte. La pièce était pleine d'Allemands qui voulaient, de toute évidence, se faire remettre par la femme quelques provisions. Or, en face de la porte était une fenêtre qui, le premier moment de stupeur passé, fut, en vitesse, utilisée par la majeure partie des Allemands pour fuir; seuls les plus proches de moi, le « Fänrich » et deux fantassins, maintenus par la pointe de mon sabre, ne purent s'échapper et, Noury survenant, nous les désarmâmes.

 

Si j'avais, au lieu de mon sabre, parfaitement inutile à pied, eu en main mon revolver, et si j'avais attendu d'être rejoint par Noury, nous aurions ramassé tout le paquet, mais je ne pris pas le temps de réfléchir, à la vue du drapeau appuyé au mur.

 

En cours de route, me dirigeant vers Senlis, avec mes trois prisonniers, le « Fänrich » me dit que, depuis quatre jours, ils s'étaient battus sans manger, le ravitaillement n'arrivant plus; le moral des troupes était très bas. Ah! si, à ce moment, nous avions eu de la cavalerie capable encore de marcher et en quantité suffisante, avec quelques groupes d'artillerie bien approvisionnés, on aurait peut-être obtenu des résultats plus importants encore que ceux, très appréciables, certes, qu'avait déclenchés dans les arrières des armées allemandes la Division Provisoire du Général Cornulier-Lucinière, composée d'éléments déjà bien fatigués et qui se sont, cependant, vaillamment comportés; mais ceci sort de mon cadre.

 

Arrivé à Senlis, je conduisis mes prisonniers à la prison civile qui en contenait déjà une cinquantaine et, ayant mis les chevaux à l'écurie, chez moi, juste à côté, j'y laissai Noury et mon Hussard à pied, recueilli au passage, en les confiant, pour leur nourriture, à un vieux ménage voisin que je connaissais, puis j'allai déposer mon drapeau, cueilli plutôt que conquis, à la Mairie.

 

Il était temps de penser à mon propre déjeuner et je me dirigeai vers le vieil hôtel de mon ami M. Fautrat, situé dans une des rues du vieux Senlis et qui abritait le logement et la popote du Commandant d'Armes, installé depuis deux jours, le Commandant Marchai qui avait repris du service et que j'avais, autrefois, connu à mes débuts dans la vie militaire, lui Capitaine commandant le 2e Escadron et moi simple cavalier au 4e Escadron, au 2e Dragons, à Chartres. Nous nous étions rencontrés le matin, comme j'amenais mes prisonniers, et il m'avait, sans façon, invité à déjeuner. Mis au courant par moi de ce que je savais de la situation, le Commandant fit envoyer par mon ami, qui les avait mis à sa disposition, quelques jeunes garçons de la ville à bicyclette sur les routes de Nanteuil et d'Ermenonville, pour prévenir de l'approche de toute troupe ennemie. A peine finissions-nous de déjeuner que l'un d'eux arrivait, signalant, venant de Baron vers Senlis, une troupe que, lui et ses camarades pensaient être un bataillon d'infanterie. Un moment après, comme je retournais chez moi, plusieurs membres du Conseil Municipal, les seuls restants, je pense, après la sauvage exécution du Maire, M. Odent, et de sept de ses concitoyens, me joignirent, me suppliant d'enlever de la Mairie le drapeau que j'y avais déposé, alléguant que si les Allemands revenaient à Senlis et le trouvaient, tout ce qui restait de la ville serait saccagé et brûlé. Ils avaient eu vent, évidemment, de la nouvelle.

 

Je n'hésitai pas à leur donner satisfaction et repris possession de mon trophée, assez embarrassé, je l'avoue. Au même instant, une torpédo stoppait à ma hauteur et le conducteur me demanda si la route de Compiègne était libre. Il était frère d'un dentiste de Senlis et lui-même dentiste à Compiègne, papiers à l'appui. Je lui répondis que je ne pensais pas qu'il puisse arriver jusqu'à Compiègne, mais il voulut tenter la chance. Moins d'une heure après, il était de retour et me retrouvait sur la place, devant l'Hôtel de Ville, n'ayant pu, me dit-il, dépasser Verberie. " Je rentre à Paris ", me dit-il. Aussitôt, l'idée me vint de lui confier mon drapeau et, séance tenante, sur l'aile de sa voiture, je rédigeai une lettre explicative adressée au Général Niox, Gouverneur des Invalides.

 

Confiant lettre et drapeau, intact et dans sa gaine, à ce Monsieur X..., je lui recommandai expressément de remettre le tout en mains propres au Général, ce qui fut fait, une lettre du Général, qui me joignit quelque temps après, m'accusait réception de l'envoi, avec ses compliments. Malheureusement, mon envoyé eut la fâcheuse idée de dégager le drapeau de sa gaine et de le déployer à l'avant de la voiture pour parcourir les grands boulevards en se rendant aux Invalides, au grand dommage du dit drapeau qui arriva assez endommagé et sans cravate au terme de son voyage.

 

C'est ainsi que le drapeau du 1er Bataillon du 94e Régiment de Landwehr rejoignit aux Invalides ceux qui l'y avaient précédé».

 

Ce texte du capitaine Sonnois a déjà fait l'objet d'une publication quasi-intégrale par le Chef de Bataillon Andolenko, aujourd'hui général, qui le tenait également du colonel Gouraud; il a, en outre, fourni la matière d'un article du Chef d'Escadrons Dufour dans la Revue de Cavalerie : Les Allemands adoptèrent une version des faits quelque peu différente de celle du capitaine Sonnois et beaucoup moins désagréable pour leur amour-propre national : « Attaqué de toutes parts dans la forêt, près de Rosières, le porte-drapeau, avec quelques hommes, fut séparé du bataillon. Les armes à la main, il se fraya un passage, mais dans une fausse direction, et arriva à Senlis. Au moment où, complètement épuisés, ils furent obligés de faire une halte, ils furent cernés par un escadron de Hussards français et désarmés» . Et l'Historique régimentaire relate : «Suivant l'annonce des journaux français (le petit groupe de soldats du 2e bataillon) fut surpris à Mont-1'Evêque, près de Senlis, par le 3e escadron du 3e Régiment de Hussards français et, là, le drapeau, avec trois hommes, tomba entre les mains des français » .

 

Diverses versions ayant circulé, en France même, depuis ce fait d'armes, le récit du Capitaine Sonnois dont l'accent de vérité ne trompe pas, met les choses au point d'une façon définitive.

 

La Croix de la Légion d'Honneur, récompensant la conquête de trophées par ces unités, en 1914, fut décernée aux drapeaux des 26e, 137e et 298e d'Infanterie, et 24e Colonial, le drapeau des Bataillons de Chasseurs et celui du 3e Zouaves, déjà titulaires de cette décoration, recevant la Médaille Militaire. Dans ces promotions, le 121e d'Infanterie et le 3* Hussards furent oubliés. Après plus d'un siècle, un trophée prussien, à très peu de chose près tout à fait semblable, était enlevé de haute lutte par un cavalier français, renouvelant ainsi, et pour la dernière fois, l'exploit des cavaliers du Premier Empire.

 

L'aigle de la Légion d'Honneur était, généralement, la récompense de ces chevaliers de l'épopée. Peu de temps après son fait d'armes, le capitaine Sonnois reçut cette décoration . Or, l'honneur fait à un seul rejaillissant ainsi symboliquement sur le régiment tout entier, son emblème recevait également la Croix de la Légion d'Honneur. On ne sait pour quel obscur motif, à moins que ce ne soit un simple oubli, l'étendard du 3e Hussards fut privé d'une distinction si hautement méritée . (sur ce point, nous recommandons la lecture de l'article du CNE Tourillon situé en bas de la page sur l'étendard)

 

Jean BRUNON (1970)

 

 

ANNEXE

 

Ancien drapeau du Régiment de Landwehr Nr 94 (Eisenach).

 

Le drapeau est du modèle 1887; 11 fut remis au bataillon le 28 juin 1888. Pique dorée et ajourée, contenant le monogramme W. R.

 

Soie peinte, fond blanc, avers et revers identiques. Dimensions : 1,25 m. au carré. Pas de frange. Au centre, sur fond orange, l'aigle prussienne tenant dans l'une de ses serres un glaive et dans l'autre des traits de foudre, le tout entouré d'une couronne de laurier et surmonté de la couronne royale de Prusse. Une banderole surmonte l'Aigle, portant les mots PRO GLORIA ET PATRIA. Sur le fond blanc se détachent deux secteurs de couleur noire portant des couronnes de laurier sommées de la couronne royale de Prusse et encerclant le monogramme W R, et deux autres secteurs, écartelés vert et noir, bordés d'orange et ornés des armoiries du Grand-Duché de Saxe-Weimar.

 

Comme on peut le voir sur la photographie reproduite ci-contre, les armoiries figurant au bas de la partie flottante ont été arrachées par la foule amassée autour de l'auto ramenant le trophée du front.

 

Au mois de mai 1898, Guillaume II décida d'évoquer, sur les drapeaux de son armée, la date du 1er janvier 1900, dans le but de perpétuer le souvenir du siècle qui vit se réaliser l'unité allemande. C'est ainsi que furent créées les plaquettes du renouvellement du siècle, en cuivre doré, fixées sur un ruban attaché à la hampe. La première de ces plaquettes portait, estampé, d'un côté le monogramme W II avec la couronne royale de Prusse, de l'autre la date du 20' siècle, " 1 januar 1900 ", et celle de la création du régiment. Sur l'autre plaquette figurait, sur la face la couronne impériale d'Allemagne et, au revers, " 1 januar 1900 ". Des glands terminaient les rubans sous les plaquettes. Ces ornements ont disparu dans les mêmes circonstances que les fragments de la soie du drapeau.

 

La hampe entière a une longueur de 2,90 m., plus la pique (240 mm). La soie est fixée sur cette hampe par des clous à tête plate, dorés, posés sur un galon. Au-dessous de la rangée inférieure de clous figure une bague dorée portant l'inscription : 94 LR. II B. (Régiment de Landwehr 94, 2e Bataillon) .

 

Pour ceux qui connaissent les traditions séculaires autrefois en vigueur dans l'armée allemande, c'était presque toujours la hampe du drapeau, avec ses attributs et ses insignes honorifiques, qui en constituait la partie essentielle, demeurant intangible, tandis que la soie, pouvant être renouvelée, ne possédait aucune inscription permettant d'identifier le corps.

 

Le drapeau, lorsqu'il n'était pas arboré, était roulé et enfermé dans une gaine en moleskine; celle-ci était surmontée d'un capuchon conique, en cuivre doré, sur la base duquel figurait le monogramme W. R. Il est possible que ce soit l'éclat de cette dorure dans le soleil de septembre qui ait attiré, d'assez loin, l'attention du capitaine Sonnois.

 

En 1937, le colonel Gouraud, commandant le 3* Hussards, à Strasbourg, fit exécuter des reconstitutions des étendards arborés par ce Régiment à partir de la fin du XVIIIe siècle. M. Lambert, artiste-peintre, fut chargé de l'exécution de cette commande. En même temps, le colonel Gouraud lui fit exécuter une copie du trophée conquis par le capitaine Sonnois. Cet ensemble fut envoyé à Strasbourg en 1938 et, à la déclaration de guerre de septembre 1939, il suivit le sort de la Salle d'Honneur du Régiment, repliée dans le Sud-Ouest.

 

A la fin de l'année 1944, me trouvant près de Toulouse, l'Etat-Major, installé dans cette ville me demanda de me rendre à Montauban pour identifier un ensemble de « drapeaux étrangers », selon la propre expression qui fut employée. Arrivé sur place, je fus fort étonné d'y trouver les reconstitutions de Lambert, y compris celle du trophée du capitaine Sonnois. Ces reconstitutions figurent actuellement à la Salle d'Honneur du 3" Hussards à Pforzheim.

(J. B.)

 

Ces reproductions sont désormais en salle d'Honneur du régiment, à Metz, avec celle du drapeau du 94e Landwehr.

 

 

"Perte de drapeaux dans la Guerre mondiale"

 

Voici la version que donne l'histoire allemande de l'après-guerre concernant la perte du Drapeau du 94e Landwehr Regiment.

 

"... le même jour, le 2° bataillon du 94° Régiment de Réserve avait à déplorer la perte du drapeau du Batillon de Landwehr Eisenach (II.Ldw.94), drapeau qui lui avait été confié.

 

Attaqué de toutes parts dans la forêt près de rosières, le porte-drapeau, avec quelques hommes, fut séparé du Bataillon. Les armes à la main, il se fraya un passage, mais dans une fausse direction et arriva à Senlis.

 

Au moment où, complètement épuisés, ils furent obligés de faire une halte, ils furent cernés par un escadron de hussards français et désarmés."

 

Comme on peut le voir, les hussards d'Esterhazy en valent vraiment beaucoup plus d'un, puisqu'un capitaine vaut un escadron ! Cette version largement exagérée avait sans doute pour objectif de ne pas vexer les soldats du régiment en question.