la Révolution et l'Empire

Les uniformes sous la Révolution et l'Empire

 

la Révolution

La Révolution bouleverse considérablement les structures de l'ex-armée royale. La cavalerie est cependant moins touchée que les autres armes par les réformes de la Convention. Certes, de nombreux officiers aiment mieux émigrer que renier leur souverain, mais les ministres et les députés n'osent pas ruiner inconsidérément notre arme, sachant bien que, plus que tout autre, elle exige de longs délais d'instruction et de préparation.

 

Il n'en demeure pas moins que la cavalerie devait, elle aussi, supporter les conséquences de la transformation hâtive de l'Armée, de l'arrêt presque total des approvisionnements, de l'envoi précipité sur les frontières d'unités à peine formées et des multiples convulsions qui accompagnent inévitablement une crise révolutionnaire.

 

Cette crise devait avoir des répercussions sur la tenue des troupes et, puisque tel est notre sujet, nous sommes bien obligés de reconnaître que, pendant plusieurs années, les soldats de la République ont été plutôt misérablement vêtus. Les houzards du 3e Régiment, ci-devant Esterhazy, prennent part aux premières campagnes avec des tenues variées et assez peu brillantes. Ils continuent de porter l'uniforme à la hongroise de 1786 jusqu'à usure complète, mais l'épuisement des ressources et le vide des magasins entraînent vite certaines innovations. Les dessins contemporains représentent souvent les houzards du 3e dans la tenue suivante :

 

Faute de mirliton, la coiffure est le chapeau de feutre noir à deux cornes porté « en colonne », avec la cocarde tricolore à gauche maintenue par une ganse rouge et un bouton d'étain ; le plumet, lorsqu'il existe, est tricolore ou entièrement rouge. Les cheveux sont toujours nattés, mais les cadenettes ne sont plus retroussées et les houzards prennent l'habitude, qu'ils conserveront jusqu'à la fin de l'Empire, d'en plomber l'extrémité avec une balle de carabine. Il faut d'ailleurs noter que cette façon particulière de se coiffer avait son utilité : les cadenettes protégeaient les joues et les oreilles des coups de sabre, la « queue » tressée mettant à l'abri la nuque et le cou.

Le dolman et la pelisse cèdent la place au « surtout », habit à basques utilisé en petite tenue à la fin du règne de Louis XVI et qui deviendra le vêtement préféré du premier Consul. Celui de nos hussards du 3e Régiment est gris-argentin, avec collet, passe-poils et parements rouges, boutons d'étain. Autour du cou s'enroule une cravate noire, souvent remplacée par un vulgaire mouchoir à carreaux. Sous l'habit apparaît un gilet rouge à un ou deux rangs de boutons.

 

Le pantalon hongrois est presque toujours, faute de bottes, remplacé par le « charivari » boutonné sur le côté, de la hanche à la cheville ; il est en drap gris-argentin renforcé dans l'entrejambe et sur le siège d'une pièce de basane. Les bottes faisant défaut, nos houzards sont chaussés de souliers bas, voire de simples sabots. Certains cavaliers n'ont même pas de chapeau et portent le bonnet de police gris-argentin passepoilé de rouge ; sur le devant du turban, la fleur de lys a été remplacée par le chiffre « R. F. », ou par un faisceau de licteur brodé en laine rouge.

 

L'équipement, l'armement et le harnachement sont très incomplets et l'on voit entre les mains de nos hussards des armes de modèles très divers, dont la plupart proviennent des magasins de l'ennemi. Sur la sabretache, le faisceau de licteur, le bonnet phrygien et le triangle maçonique remplacent le chiffre royal.

 

Cette diversité et cette misère cessent peu à peu et, à partir de 1796, les hussards retrouvent un aspect plus conforme à la tradition et une allure plus martiale. Leur tenue est assez semblable à celle de 1786 : dolman, pelisse et pantalon gris-argentin, parements rouges, tresses et galons cramoisis, boutons d'argent, buffleteries noires. Le dolman et la pelisse sont plus courts et n'emboîtent plus les hanches ; ils ne cesseront d'ailleurs de diminuer de longueur, s'arrêtant à la taille que la mode veut de plus en plus haute. Les bottes sont plus courtes et ne dépassent pas le gras du mollet. La coiffure est toujours le « mirliton », mais la flamme est uniformément rouge, bordée d'un galon blanc, et l'on y ajoute une visière amovible que l'on ajuste avec des agrafes au bas du bonnet, plumet tricolore et cordon blanc. Aucun changement dans l'armement et le harnachement, si ce n'est la couleur du feston de schabraque qui devient rouge et celle du porte-manteau, gris-argentin, avec galon rouge et numéro 3 au centre du cercle.

 

Les étendards — un par escadron — sont évidemment tricolores, avec une grande diversité dans la disposition des couleurs et dans l'ornementation.

 

Les trompettes sont vêtus comme les hussards. La trompette à boule, trop encombrante, est remplacée par celle que nous connaissons encore actuellement.

 

Ainsi donc, le régiment avait peu à peu retrouvé bel aspect et tenue brillante, améliorations sans aucun doute facilitées par la stricte discipline que surent toujours maintenir ses chefs successifs, ce qui est tout à fait à leur honneur car cette qualité était rare à cette époque dans les Armées de la République.

l'Empire

 

Vinrent la Paix (1803), puis l'Empire (1804). Le nouveau Régime s'emploie dès sa naissance à créer une Armée modèle. En ce qui concerne les hussards, leur aspect variera peu jusqu'en 1815. La tenue hongroise est maintenue, les couleurs distinguant entre eux les régiments. Le gris argentin reste affecté au 3e ; elle est la couleur du dolman, de la pelisse et du pantalon. Les parements, les galons et les tresses sont cramoisis (grenats) et les boutons d'étain. En 1804, le shako remplace le mirliton ; de forme tronconique, plus évasé du haut qu'à la base, il est en feutre noir renforcé de cuir ; sur le devant, au-dessus de la visière, une plaque en losange de métal blanc avec le numéro 3, surmontée de la cocarde tricolore et d'un haut plumet noir ayant, à la base, un pompon à la couleur de l'escadron. Le shako est maintenu par une jugulaire en cuir noir et le cordon en laine cramoisie, qui n'est plus désormais qu'un ornement, est natté avec « raquettes » et glands pendants sur le côté droit du shako.

 

Le hussard a un second pantalon, moins collant que le hongrois, dérivé du « charivari », se portant par-dessus la botte, en drap gris renforcé dans l'entrejambe et se boutonnant sur les coutures extérieures. Ce pantalon est, au régiment, renforcé en drap du même ton et non basané.

La sabretache est recouverte en drap gris argentin avec broderies en laine cramoisie figurant une couronne de lauriers entourant le numéro 3 couronné ; un gros galon de laine cramoisie borde la sabretache. En campagne, cet ornement fragile est recouvert d'une housse en toile cirée noire avec le numéro peint en blanc.

 

Aucun changement dans le harnachement, l'armement et les équipements. Le 3e Hussards, faisant fi des règlements et des rappels à l'ordre, reste fidèle aux buffleteries noires, faisant ainsi exception dans la cavalerie impériale.

 

En 1807, la première compagnie du premier escadron de chaque régiment de cavalerie légère devient « compagnie d'élite » ; elle est formée des meilleurs cavaliers, des plus adroits sabreurs, des plus habiles tireurs et des « vieilles moustaches » au courage éprouvé. Pour distinguer cette compagnie, on donne pour coiffure aux hussards d'élite le colback au lieu du shako. Le colback est un bonnet de fourrure cylindrique, assez volumineux, avec fond de drap rouge retombant en flamme triangulaire et haut plumet rouge.

Dès le début de l'Empire, les trompettes de cavalerie ont été dotés de tenues brillantes les distinguant nettement de la troupe. Chaque chef de corps s'ingéniait à trouver une couleur originale et voyante. Au 3e Hussards, il suffisait d'inverser les couleurs pour obtenir un très bel effet : les trompettes eurent donc le dolman, la pelisse et le pantalon cramoisis, parements, galons et tresses gris argentin ; le reste de l'habillement est semblable à celui des hussards. Mais la schabraque de la selle est en mouton noir, ce qui mettait en valeur les chevaux gris de nos trompettes.

 

Le règlement de 1812 n'apporte à la tenue des hussards que des modifications de détail, mais la tenue des trompettes n'est désormais plus laissée au libre choix des colonels et devra être « à la livrée de l'empereur ». Les trompettes auront donc dolman et pelisse vert foncé avec galons et tresses jaune mêlé de vert clair et pantalon de la troupe. Plusieurs régiments trouvèrent mille prétextes pour ne pas se plier à la nouvelle réglementation et nous pensons que le 3e Hussards fut du nombre. Le dolman et la pelisse verts eussent été d'un fâcheux effet avec le pantalon gris-bleu. Tout permet de penser que nos trompettes, profitant de l'éloignement du régiment guerroyant en Espagne, continuèrent de porter leur tenue cramoisie.

 

A la fin de l'Empire, pendant la campagne de France, quelques modifications interviennent dans la silhouette du hussard : le shako très haut de forme est presque cylindrique et, au régiment, il est recouvert de drap noir avec, en haut, un petit galon gris ; le haut plumet est remplacé par un pompon sphérique et le cordon, à nouveau déroulé, reprend le rôle qui lui était réservé sous l'Ancien Régime et maintient le shako en faisant le tour du torse du cavalier. Le pantalon hongrois n'est porté qu'exceptionnellement à la parade et cède la place au pantalon gris porté par-dessus la botte. La sabretache en cuir noir avec écusson en cuivre remplace la luxueuse sabretache recouverte de drap brodée et galonnée. Le sabre a maintenant une garde à 3 branches et un fourreau de fer.

 

Pendant toute cette période, la tenue des officiers a, en gros, respecté les règles admises dès l'Ancien Régime. De même coupe que celle de la troupe, elle est en drap plus fin et beaucoup plus clair, tirant sur le bleu ciel, avec galons et tresses d'argent et fourrure grise ou fauve à la pelisse. Pour la parade, bottes amarantes ou jaune d'or ; en campagne, bottes noires et pantalon charivari. Tous les officiers portaient le colback. En été, ils avaient un dolman et un pantalon de nankin avec tresses et galons de soie blanche, bottes souples en daim gris.

 

Leur harnachement de parade est toujours la schabraque en peau de tigre, bride et courroies en cuir rouge clouté de cuivre. Mais en campagne, les officiers utilisent une selle et une bride moins coûteuses, avec la schabraque en drap gris argentin sans autre ornement qu'un gros galon en laine de même couleur.

 

Les étendards du 1" Empire - il y en a toujours un par escadron - sont carrés, le centre blanc, les quatre angles bleus et rouges, par couleurs opposées en diagonales. La décoration est à peu près la même que de nos jours, couronnes d'or avec chiffre 3 dans les angles ; sur une face, l'inscription : « L'Empereur au 3e Régiment de Hussards », sur l'autre les noms de victoires. La hampe est surmontée d'une aigle dorée. En 1813, la disposition des couleurs est modifiée, celles-ci étant désormais réparties en trois bandes verticales comme sur notre étendard actuel. Il n'y a plus qu'un étendard par régiment et la cavalerie légère ne doit pas l'emporter en campagne.

 

 

Les diverses tenues que nous avons décrites sont celles que fixaient, sous le Consulat et l'Empire, les règlements et les décisions ministérielles. Les a-t-on toujours respectés ? Il est permis d'en douter. L'Armée française, même à cette époque de brillants uniformes, a toujours eu un goût prononcé pour la fantaisie. De plus, il est certain que l'entretien d'une Armée en campagne guerroyant en permanence loin de ses bases, de ses magasins, de ses arsenaux, posait des problèmes quasi insolubles.

 

Le soldat français est un débrouillard et le hussard de l'Empire trouvait une solution au difficile problème du renouvellement de son habillement, de son équipement et de son armement dans le pillage sans vergogne des dépôts de l'ennemi. La cavalerie légère, la première au contact, était, cela va de soi, la première servie. Rien d'étonnant, par conséquent, à ce que l'iconographie militaire contemporaine nous présente des hussards fort peu « réglementaires ». En Espagne notamment — le régiment y resta cinq ans — on vit nos cavaliers porter les tenues les plus inattendues : pantalons de toile « à la mameluck », dolmans taillés dans la bure récupérée dans les couvents, espadrilles, etc.

 

Au soir de Leipsick, les hussards — nous ignorons s'ils étaient du 3* Régiment — n'abandonnèrent le champ de bataille et n'entamèrent la retraite qu'après avoir pillé totalement les convois d'un corps d'armée prussien.

 

Pendant la campagne de France, les « Marie-Louise » de notre régiment ont certainement chargé vêtus de tenues incomplètes et bigarrées, ce qui ne les a pas empêchés de bousculer et de poursuivre à mort la cavalerie ennemie à Montereau, dernière victoire de l'Epopée impériale dont le nom figure sur la soie de notre étendard.