l'Ancien Régime

Les uniformes sous l'Ancien Régime

 

 

 

Lorsque le comte Valentin, Ladislas Esterhazy, est autorisé à lever pour Sa Majesté un régiment en février 1764, il existe déjà dans la cavalerie française trois régiments de houzards. Ils portent tous les trois la même tenue, à quelques détails près : dolman et pelisse vert foncé, pantalon rouge et bonnet de feutre noir ; c'est évidemment ainsi que vont être habillés les premiers houzards d'Esterhazy.

 

Les régiments se distinguent entre eux par ce que l'on appelle la couleur « distinctive » ou « tranchante » ; celle-ci apparaît aux parements des manches du dolman et sur la coiffure, c'est-à-dire l'étoffe qui recouvre le fût et la doublure de la flamme. La couleur attribuée à Esterhazy est le blanc. Tel est le règlement. A-t-il été observé ? Il semble bien que non, car, dans son livre « Les Hussards », Chopin signale une anomalie au régiment d'Esterhazy pendant les premières années de son existence : il aurait porté le pantalon blanc et non pas rouge, du moins dans certains escadrons.

Au moment de sa création, en 1764, la tenue du régiment est donc la suivante :

 

Bonnet de feutre noir doublé de blanc. C'est le fameux « mirliton » au fût presque cylindrique, à peine plus étroit à son sommet qu'à la base, en feutre noir renforcé de cuir. Il est recouvert de drap blanc et orné d'une longue flamme triangulaire cousue sur le côté droit, ayant une face noire bordée d'un galon blanc, l'autre - la doublure - blanche bordée de noir. Cette flamme se porte habituellement enroulée autour du bonnet, la face noire visible en tenue de campagne, la face blanche en tenue de sortie ou de service ; pour la parade, cette flamme est déroulée et tombe dans le dos du cavalier. On dit que les vieux houzards avaient une manière particulière d'enrouler la flamme du bonnet de façon à former, par devant, une sorte de visière les protégeant du soleil ou de la pluie. En haut et à droite du bonnet, il y avait la cocarde blanche et un petit plumet de même couleur à la base duquel était fixé le cordon rouge servant à fixer la coiffure au torse du cavalier. En service à pied, on enroulait ce cordon sur le fût.

 

Les houzards avaient les cheveux « au naturel », c'est-à-dire sans poudre, et nattés en deux petites tresses - les « cadenettes » - en avant des oreilles, ces nattes étant relevées en une sorte de boucle. Sur la nuque, les cheveux serrés dans une lanière de cuir formaient, comme dans les autres armes, la « queue », assez longue sous Louis XV à l'imitation de la cavalerie prussienne, considérablement raccourcie sous Louis XVI. Les houzards portaient tous les moustaches à l'inverse des dragons, des chevau-légers et, plus tard, des chasseurs à cheval, chez qui la mode ou les traditions imposaient des visages imberbes.

 

Le col - nous dirions aujourd'hui « la cravate » - était de taffetas noir et il était sévèrement interdit de rabattre par-dessus le col blanc de la chemise, « à l'anglaise », fantaisie très appréciée par les dragons.

 

Le dolman est, nous l'avons dit, vert foncé. Ce vêtement d'origine hongroise était une sorte de tunique très ajustée avec un petit collet droit, des manches à parements en pointes ou « fer de pique » et à basques courtes, descendant cependant nettement au-dessous des hanches. Il fermait sur le devant au moyen de 15 à 18 petits boutons d'étain, chaque bouton et boutonnière correspondant à une double tresse se terminant elle-même par un bouton et une petite boucle, d'où trois rangées de boutons sur le dolman. Le collet, les bords du devant et des basques, les coutures du dos et les parements étaient ornés d'un galon plat en fil blanc, comme les tresses. Les parements sont blancs.

 

Sur le dolman se porte la ceinture-écharpe, écheveau de laine cramoisie avec coulants de fil blanc et se fixant par derrière au moyen d'un cordon à olive dont les extrémités se nouent sur le devant.

 

La pelisse, également verte, est décorée de tresses, galons et boutons disposés comme sur le dolman. Vêtement assez long à l'époque, elle emboîte bien les hanches et protège le ventre du cavalier. Doublée de mouton blanc, elle est bordée d'un boudin de fourrure noire. On la porte souvent non chaussée, sur l'épaule gauche et maintenue en place par un cordon à olive faisant le tour du col.

 

Le pantalon hongrois est très collant, ce qui interdit les poches ; il ne s'arrête pas, comme la culotte, au jarret, mais descend jusqu'à la cheville. Les ouvertures du « pont » sont agrémentées de galons sur les coutures latérales. Il est vraisemblable que les houzards venant de Bercheny, Chamborant et Conflans ont continué de porter le pantalon rouge de leurs régiments d'origine. Les autres devaient avoir le pantalon blanc cité par Chopin et qui provenait sans doute des magasins prussiens pillés pendant la guerre de Sept Ans.

 

Les bottes hongroises — les « fichemass » — sont en cuir souple, non doublé, de teinte noire, découpées en cœur sous le genou et en pointe sous le jarret. Elles sont alors assez hautes, montant jusqu'au pli du jarret et sont bordées d'un galon blanc avec petit gland dans l'ouverture du cœur. L'éperon en fer est fixé à demeure sur le contrefort au-dessus du talon, celui-ci étant généralement recouvert d'une lame de fer noirci.

 

L'équipement du houzard comporte :

  • les deux baudriers de buffle blanc, l'un pour la giberne, l'autre pour la carabine ;
  • la giberne de cuir noir, renforcée d'une monture de bois, avec patelette découpée en accolade ; sur le baudrier de carabine coulisse un passant de cuivre avec crochet (le porte-mousqueton) ;
  • le ceinturon étroit, en buffle blanc, avec sa boucle en « S » et les trois anneaux auxquels sont fixées les trois courroies de la sabretache et les deux bélières du sabre ;
  • la sabretache en cuir fauve, recouverte de drap rouge et bordée d'un galon blanc. Elle est ornée du chiffre royal, les deux « L » opposés, brodés en fil blanc. Cette sabretache, particularité de la tenue des houzards, n'était pas qu'un ornement. Elle était rendue nécessaire par l'absence de poches dans des vêtements ajustés et collants à l'extrême. Le hussard pouvait ainsi mettre dans cette espèce de sacoche sa pipe, son tabac, son briquet et son argent.

 

L'armement du houzard était constitué par :

  • le sabre à lame légèrement courbée, avec poignée simple en laiton ou en fer, fourreau de cuir renforcé de parties en cuivre portant les anneaux de bélières et dragonne de cuir noir ;
  • les deux pistolets portés dans les fontes de la selle. Le brigadier avait une hache à la place du pistolet de droite ;
  • la carabine suspendue à son baudrier.
  • Le harnachement était, cela va sans dire, « à la hongroise » : selle légère en bois et sangles, avec pommeau et troussequin très élevé, ce dernier terminé par une palette ou « cuiller-à-pot ». On plaçait la selle dépourvue de matelassures sur une couverture pliée en quatre et on la recouvrait d'une housse en peau de mouton blanc bordée d'un feston de drap gris argentin. Par conséquent, dès la création du régiment, nous voyons apparaître cette fameuse couleur qui deviendra la marque distinctive du corps pendant près d'un siècle. En été, nos houzards pliaient souvent leur pelisse sur le siège de la selle et sous la housse, ce qui, à une époque où l'on ne pratiquait pas le trot à la française (vulgairement « tape-cul »), était certainement appréciable, sinon réglementaire.

 

La bride en cuir noir était « à la hongroise », c'est-à-dire avec croisette sur le chanfrein ; des bossettes en cuivre ornaient le centre de cette croisette, le poitrail et la croupière ; la sous-gorge en lanières tressées supportait une médaille, un macaron de cuir ou un croissant de métal. Le mors de bride avec branches en « S » était fort peu utilisé par les houzards qui, par tradition, préféraient se servir du mors de filet comme d'ailleurs, de nos jours, les cosaques et la plupart des peuples cavaliers. La renne de bride se terminait par un fouet.

 

Derrière la selle se plaçait le porte-manteau cylindrique en drap rouge, véritable valise du houzard, dont le contenu était périodiquement détaillé avec précision, mais, semble-t-il, sans grand succès, par les généraux-inspecteurs.

 

Enfin, sur les fontes placées à l'avant de la selle, on roulait le manteau, sorte de grande pèlerine en drap vert, sans manches, fendue derrière et dotée d'un capuchon.

 

En 1767, le pantalon blanc disparaît et nos houzards sont uniformément dotés du pantalon rouge.

 

L'année 1776 voit s'effectuer une modification profonde de la tenue des houzards. Si la coupe des vêtements reste inchangée, chaque régiment reçoit une couleur particulière.

 

Pour Esterhazy, ce sera le gris-argentin qui restera sa couleur jusqu'à la fin du Second Empire. Qu'était exactement le gris-argentin ? Nous pensons que c'était un gris bleu assez foncé et la couleur qui s'en rapproche le plus est sans doute le « gris de fer bleuté » du pantalon des officiers des Eaux-et-Forêts avant la dernière guerre. Ce gris-argentin était donc plus bleu que gris.

 

L'ordonnance royale de 1776 attribue donc aux houzards d'Esterhazy la tenue suivante :

Bonnet de feutre noir à garniture et doublure de flamme en drap rouge, cordon, cocarde et plumet blancs. Dolman, pelisse et pantalon gris-argentin agrémentés de galons et tresses blanches, parements rouges ou dolman, boutons d'étain. Les buffleteries restent blanches. L'équipement, l'armement et le harnachement ne changent pas, mais le porte-manteau rouge s'orne d'un galon gris-argentin au pourtour de l'extrémité circulaire, celle-ci étant décorée de deux galons placés en croix.

 

les trompettes

 

Il nous faut dire un mot des trompettes. Sous l'Ancien Régime les trompettes étaient, en quelque sorte, la propriété du colonel, car celui-ci contribuait pour une large part à leur entretien, aidé d'ailleurs par les dons — volontaires ou non — de tous les officiers. Il était donc normal, dans ces conditions, que dans les régiments dont le roi n'était pas le chef de corps, les trompettes fussent habillés « à la livrée » du colonel. Tel était le cas de ceux d'Esterhazy-Houzards.

 

Les trompettes, selon une vieille tradition des houzards, ne portaient pas la tenue hongroise, mais le chapeau à la française et un habit sans tresses ressemblant à celui des équipages de vénerie. Au régiment d'Esterhazy, les trompettes ont porté, pendant toute la période de la monarchie, la tenue que voici : chapeau tricorne de feutre noir avec cocarde, ganse et plumet blanc, col (cravate) blanc et jabot plissé, habit à basques courtes en drap écarlate, collet rabattu et parements droits en drap bleu de roi, ainsi que la doublure des basques, boutons d'argent, veste (nous dirions aujourd'hui « gilet ») bleu de roi, pantalon de daim jaune clair, ainsi que les gants sans manchettes « à la crispin » , bottes des hussards, pas de giberne ni de sabretache, trompette dite « à boule », beaucoup plus longue que les instruments actuels, avec cordon et glands d'argent.

 

Les trompettes ont le harnachement de la troupe. Ils ne portent ni moustaches, ni cade-nettes, leurs cheveux sont poudrés et relevés en doubles coques sur les tempes ; ils ont souvent des anneaux d'argent aux oreilles. Nous ignorons si les trompettes du régiment étaient ornées, pour la parade, de banderoles, et, dans l'affirmative, comment étaient ces ornements.

 

Il y avait deux trompettes par compagnie, soit quatre par escadron. Les timbaliers étaient, en principe, interdits dans les régiments de Hussards.

Les étendards, un par escadron, étaient des guidons de cavalerie légère. Certains tableaux de l'époque représentent des Hussards avec l'étendard carré de grosse cavalerie. Nous pensons que c'est une erreur. Le guidon avait la forme d'une demi-ellipse, le petit diamètre côté hampe, l'extrémité opposée fendue et formant deux pointes. Les guidons du régiment étaient, d'après Chopin, en soie bleue et ornés de trois fleurs de lys d'argent, franges, cordons et glands d'argent.

 

les officiers

Les officiers avaient une tenue semblable à celle des houzards, mais en drap plus fin et plus clair, avec tresses, galons et boutons d'or.

 

Ils portaient souvent des bottes en maroquin rouge. Les grades se distinguaient par la largeur et le nombre des galons portés aux parements du dolman, autour du boudin de fourrure des manches de la pelisse, aux coutures du dos de ce vêtement, aux ouvertures du pont et aux coutures latérales du pantalon. Leur sabretache était galonnée et brodée en or, avec frange d'or au pourtour, à grosses torsades pour les officiers supérieurs et brins fins pour les subalternes. La fourrure de leur pelisse était blanche ou gris clair. Leur housse de selle était en drap garance avec galonnage d'or de différentes largeurs, selon le grade. Mais, par souci de fantaisie, les officiers de houzards remplaçaient souvent la housse réglementaire par une peau de tigre ou de panthère bordée d'un gros galon d'or et d'un feston rouge. Tous les cuirs de la bride et du harnachement étaient en maroquin grenat ou vert, cloutés de cabochons dorés et ornés de tresses en lanières de cuir flottantes.

 

Pour économiser leur bonnet fort coûteux, les officiers préféraient se coiffer, pour le service courant, d'un colback ou bonnet de fourrure fauve cylindrique avec flamme de drap rouge. Seuls de tous les officiers de cavalerie à cette époque ils portaient moustaches, ce qui n'était pas bien vu dans la bonne société d'alors.

 

Les sous-officiers avaient la tenue de la troupe, en drap fin. La fourrure de leur pelisse était de renard roux et les insignes de grades étaient des galons d'argent, en « V » renversé, au bas des manches du dolman et de la pelisse : un galon pour le maréchal-des-logis, deux pour le maréchal-des-logis chef, trois pour l'adjudant. Les cavaliers appointés (de 1" classe) portaient le galon simple en fil blanc et les brigadiers deux galons semblables. Les sous-officiers ajoutaient aux tresses et galons et leurs dolmans, pelisses et pantalons, quantité d'ornements en soutaches de même couleur non prévus par le règlement mais tolérés par le colonel.

 

Entre 1779 et 1786 apparaissent au régiment deux modifications de la tenue ; elles seront fidèlement respectées jusqu'à la fin de l'Empire. Ce sont les tresses et galons rouges (qui deviendront amarantes pendant la période révolutionnaire) et les buffleteries noires. Cette dernière particularité, qui devait devenir l'orgueil du régiment sous l'Empire, a sans doute une origine assez peu honorable. Le comte Esterhazy était un bourreau des cœurs et un panier percé. Cousu de dettes, il cherchait par tous les moyens à faire des économies et il est incontestable que le cuir noirci coûtait beaucoup moins cher que les buffleteries immaculées...

 

Le règlement de 1786 définissait ainsi la tenue de notre régiment : pelisse, dolman et pantalon gris-argentin, galons et tresses rouges, cinq rangées de boutons d'étain, parements rouges au dolman, galons et glands de bottes en laine rouge. Bonnet de feutre noir à garniture et doublure de flamme blanches, galon de bordure noire, cocarde blanche à droite, plumet blanc à base et sommet noirs, cordon rouge. Baudriers, ceinturon et bélières noirs. Sabretache rouge, galon blanc, chiffre du roi brodé en laine gris-bleu. Feston de housse gris-argentin. Porte-manteau rouge à galons gris-argentin.

 

La tenue des trompettes ne change pas, mais le chapeau perd son galon blanc de bordure et le plumet est remplacé par une aigrette en plumes légères, affectant la forme d'une fleur de lys.

 

Les officiers ont une tenue dont la teinte tire nettement sur le bleu ciel très clair. Ils portent le bonnet de fourrure fauve foncé et la schabraque en peau de tigre remplace définitivement — et réglementairement — la housse de drap rouge.

 

Malgré les rappels à l'ordre des généraux-inspecteurs, les bottes en maroquin amarante brodées d'or sont toujours en usage.

 

Avouons qu'à la veille de la Révolution, le régiment d'Esterhazy devait avoir fière allure.