de 1919 à 1961

Les uniformes de 1919 à 1961

 

 

A.- L'entre-deux-guerres

La Paix signée, le 3e hussards a l'honneur de tenir garnison en Alsace reconquise, sur les bords du Rhin où, en 1764, avaient été recrutés et formés les premiers escadrons du régiment d'Esterhazy.

 

Stationné d'abord à Strasbourg, le régiment, fort de neuf escadrons, se scinde, à partir de 1937, en trois détachements : l'état-major, quatre escadrons et l'Escadron de mitrailleuses et d'engins à Strasbourg, deux escadrons à Wissembourg, deux escadrons à Sarreguemines.

 

Jusqu'en 1934, la tenue de la troupe est, à peu de choses près, semblable à celle de 1918 : casque « Adrian » de tôle peinte en bleu ardoise, orné de la grenade au-dessus de la visière ; tenue de drap bleu horizon comprenant la vareuse à petit col droit, sans poches extérieures, fermant sur le devant au moyen de six boutons de métal blanc, la culotte à passepoil latéral bleu foncé, le manteau de cavalerie à col rabattu, large plis creux dans le dos et fente arrière au bas de la jupe. Vareuse et manteau sont ornés, sur le col, de l'écusson bleu foncé avec numéro 3 et soutaches bleu ciel. Les brodequins, houseaux et éperons sont du modèle décrit en 1900. Le ceinturon de cavalerie très étroit, avec anneau de bélière et crochet de sabre à gauche, supporte les cartouchières et leurs bretelles ; à cheval, on y ajoute, en arrière et à droite, le crochet de mousqueton dit « escargot » ; tous ces équipements, ainsi que la dragonne du sabre, sont en cuir fauve. Le harnachement et le paquetage de selle sont identiques à ceux de 1914, mais le sabre est suspendu à droite de la selle et non plus à gauche, de façon à éviter le choc de la poignée sur le fourreau de la baïonnette.

cavalier en tenue de sortie

Les hussards ont en guise de coiffure de repos et de sortie un disgracieux bonnet de police bleu horizon à deux pointes. La cravate de toile bleue, si difficile à plier et à placer correctement, est toujours de rigueur, puisque, à cette époque, la chemise de grosse flanelle rayée ne comporte pas de col.

 

Les Sous-Officiers sont, en principe, vêtus comme la troupe, à cette différence près qu'en tenue de service sans armes et de sortie ils sont coiffés du képi et non du bonnet de police. Ce képi est du modèle encore en usage de nos jours. En réalité, les Sous-Officiers de cavalerie ont porté, dès après l'Armistice, une tenue en drap plus fin et plus foncé que celui de la troupe ; leurs culottes étaient bien coupées, leurs vareuses avaient un col rabattu et des poches plaquées et ils préféraient aux houseaux réglementaires les bottes noires ou les fausses bottes. La plupart de ces fantaisies furent, par la suite, entérinées par le règlement.

 

Décrire les tenues des officiers pendant ces années d'après la guerre serait une tâche ardue. Rarement on vit une semblable fantaisie et une aussi grande diversité dans la couleur des tissus, la coupe des vêtements et la teinte des cuirs.

 

 

 

Les officiers ont, à cette époque, trois tenues :

  • Tenue de service : képi rigide semblable à celui actuellement en usage, vareuse, culotte ou pantalon bleu horizon. La culotte comporte un passepoil bleu foncé et des plaques en peau blanchâtre ; le pantalon est orné d'une large bande bleu foncé. Les galons de grade, très réduits, sont cousus sur le parement des manches ; le ceinturon à baudrier de cuir fauve et les bottes (de toutes teintes et de tous modèles) complètent l'ensemble.
  • Tenue de campagne : identique à la précédente, le casque remplaçant le képi.
  • Grande tenue : képi, tunique et pantalon bleu horizon. La tunique est à col droit, sans poches, à basques assez longues, elle ferme au moyen de neuf boutons argentés et est ornée de galons d'argent circulaires au bas des manches. Sur le col, écussons bleu foncé, soutaches bleu ciel, numéro d'argent ; sur les épaules, épaulettes d'argent à franges. Le pantalon est orné de la large bande bleu foncé. Le ceinturon « mohair » bleu foncé à plateaux argentés se boucle sur la tunique. Dans la cavalerie, les bottines en cuir verni noir à éperons sont de rigueur avec le pantalon (à sous-pieds).

 

En 1929, les tenues des officiers deviennent kaki et, deux ans plus tard, la grande tenue kaki est remplacée par une tenue de gala inspirée de celle de 1914. Ces modifications successives eurent pour conséquence un invraisemblable panachage qui se prolongea pendant plusieurs années.

 

A la veille de la Seconde Guerre Mondiale, les tenues des officiers, toujours au nombre de trois, sont les suivantes :

  • Tenue de service, comportant les mêmes effets que précédemment. La vareuse est en gabardine kaki, avec col ouvert, poches plaquées, boutons argentés ; chemise blanche, cravate noire ; culotte gris-beige, bottes fauves, ceinturon sans baudrier.
  • Tenue de campagne identique à la précédente, mais le casque remplace le képi, chemise et cravate kaki clair.
  • La tenue de gala des Officiers de hussards est de même coupe et à peu près de mêmes teintes que celle actuellement portée par les officiers instructeurs de l'E.S.M.I.A. de Coëtquidan : tunique bleu de nuil à col et à pattes de parements bleu ciel, écusson bleu ciel à chiffre d'argent, boutons demi-sphériques argentés, ceinturon de soie noire à plateaux, pantalon garance à doubles bandes bleu ciel, képi, épaulettes d'argent et longue cape noire.

 

A partir de 1934, plusieurs escadrons du 3e Hussards sont motorisés. Comme dans presque tous les Régiments de cavalerie de la Métropole, il y a donc désormais des escadrons à cheval et des escadrons motocyclistes, d'autos-mitrailleuses ou portés. En même temps que se réalise cette transformation, la tenue kaki est donnée à la troupe. A la veille de la mobilisation de 1939, le Régiment est par conséquent uniformément vêtu de kaki, mais les effets d'habillement diffèrent selon qu'il s'agit d'unités à cheval ou motorisées.

 

  • Escadrons à cheval : casque d'un modèle assez semblable à celui de 1915, peint en kaki, vareuse à col rabattu, sans poches extérieures, boutons de métal blanc, écussons sans changement, culotte kaki sans passepoil, brodequins, éperons et houseaux, manteau de cavalerie kaki. Le harnachement et le paquetage restent inchangés, mais la couverture de cheval est en laine brune.

 

  • Escadrons motorisés : casque du modèle en usage dans les unités de chars, la visière avant étant remplacée par un bourrelet de cuir et le cimier étant supprimé ; vareuse, culotte et bandes molletières kaki ; manteau de drap kaki pour les cavaliers portés, paletot court et surculotte de grosse toile cachou imperméabilisée pour les motocyclistes, veste de cuir noir et surculotte cachou pour les équipages d'A.M.

 

Hussards de l'escadron motocycliste en reconnaissance. On distingue bien le bourrelet de cuir sur le casque, ainsi que le patelot de grosse toile imperméabilisée.

B.- La seconde guerre mondiale

A la mobilisation de 1939, le 3e Hussards forme cinq Groupes de Reconnaissance : 15' G.R.C.A., 16e, 32e, 46' et 94e G.R.D.I. L'écusson de notre Régiment ayant disparu de leurs tenues, nous ne décrirons pas celles-ci. Retenons qu'aux heures sombres de mai et juin 1940, ces unités surent rester fidèles aux traditions d'honneur, de discipline et d'héroïsme de leur Arme et du Régiment dont elles étaient issues. Elles furent dissoutes au lendemain de l'Armistice.

 

Le 3e Hussards est reformé à Nancy le 1" janvier 1945 à l'aide d'engagés volontaires et de diverses formations des Forces Françaises de l'Intérieur. Au mois de juin, il devient Régiment de Reconnaissance de la 1" D.F.L. Il remplace le Régiment de Fusiliers-Marins dont le personnel est remis à la disposition des Equipages de la Flotte.

 

Une photographie aimablement prêtée par le Général Nerot, qui commandait alors le Régiment, permet de se faire une idée exacte de la tenue de prise d'armes de cadres et des hussards à cette époque :

  • Officiers : chemise de flanelle U.S. kaki ; le col ouvert laisse apparaître la chemise de coton et la cravate beige, selon l'usage adopté par plusieurs corps de la 1" Armée Française ; galons d'argent sur passants bleu foncé aux pattes d'épaules, écusson sur la manche gauche, fourragère verte ; pantalon U.S. de drap kaki serré dans les petites guêtres de cuir, ceinturon et étui-pistolet. Le bonnet de police est bleu foncé à soufflet bleu-ciel, hongroise en soutache d'argent sur le devant.
  • Sous-Officiers et Hussards : bonnet de police semblable, mais la hongroise des hussards est en fil blanc. Chemise de flanelle à col fermé, cravate beige, manches retroussées, écusson sur la manche gauche, surmonté des galons de grade ; pantalon kaki, guêtres U.S. de toile verdâtre, ceinturon, fusil. La garde de l'Etendard a les guêtres blanches et les gants blancs à manchettes.

 

Défilé à Nancy en 1946

C.- Aujourd'hui (par respect pour l'auteur, nous avons conservé le texte intégral du colonel McCarthy, même si cette partie ne concerne que la période entre 1945 et 1961)

Le lecteur nous pardonnera de laisser dans l'ombre les années difficiles pendant lesquelles notre Régiment, comme tous ceux de l'Armé Française renaissante, s'est habillé comme il le put en puisant dans les stocks divers et bigarrés, d'origine plus souvent étrangère que nationale.

 

Aujourd'hui encore, certains de nos effets d'habillement sont imités de l'étranger ; tels sont, entre autres, le blouson, le béret « gurka » et les « rangers ». Devons-nous nous en formaliser ? Nous ne le pensons pas, car cela n'est pas une nouveauté dans notre Armée, surtout chez les hussards. Leur premier uniforme n'était-il pas hongrois ? Au XVIIIe siècle, leurs bottes courtes et souples, d'un modèle inusité en France, s'appelaient encore « fische-mass » ; les « charivaris » des hussards de l'Empire étaient issus des « scharawaden », ces hauts-de-chausses en peau de cerf que les premiers houzards enfilaient par-dessus leur culotte ; quant aux termes de shako, schabra-que, dolman et sabretache (Sâbel-Tasche), ils sont d'origine allemande ou turque.

 

Au Second Empire, les uniformes de la cavalerie d'Afrique et ceux de certaines armées d'Europe ont influencé les nôtres. Aux Chasseurs d'Afrique furent empruntés le large pantalon bazané ainsi que l'habitude de porter la carabine en bandoulière et non plus « à la botte ». Notre talpack ressemblait comme un frère à celui des hussards britanniques pendant la campagne de Crimée et la nouvelle pelisse de 1855 était copiée sur celle des hussards prussiens.

 

L'influence qu'ont pu avoir sur nos tenues actuelles celles de nos alliés, certaines modes vestimentaires contractées par notre Armée en Extrême-Orient ou en Afrique ne sont donc, on le voit, qu'un retour à des habitudes séculaires.

 

Le Hussard du 3e est actuellement doté, comme tout soldat français, de deux tenues de sortie ou de parade, l'une pour l'été, l'autre pour l'hiver, et d'une tenue de combat.

 

La tenue de parade d'hiver est constituée par le blouson et le pantalon de drap kaki. Les pattes d'épaules bleu foncé, les boutons de métal blanc soigneusement « briqués », la fourragère verte, l'écusson sur la manche gauche et l'insigne du régiment aux armes de notre premier mestre-de-camp égaient cette tenue un peu sévère du moderne Esterhazy. Le pantalon est serré à la cheville dans la courte jambière des « rangers ». Le bonnet de police, dit de « tradition », n'est pour ainsi dire plus porté ; on lui préfère le béret « gurka » en toile beige, coiffure élégante, relevée sur le côté gauche, sur lequel apparaît la traditionnelle « hongroise » blanche sur une patte de drap bleu ; sur la nuque pendent deux rubans aux couleurs de notre vieux régiment, gris bleu et rouge. Chemise et cravate kaki clair complètent l'ensemble.

 

En été, la chemise et le pantalon de toile beige remplacent les vêtements de drap ; ils sont ornés des mêmes accessoires, écusson, fourragère et pattes d'épaules ; même béret et mêmes chaussures. La chemise est le plus souvent portée avec le col ouvert et les manches retroussées.

 

La garde de l'Etendard rehausse sa tenue — hiver comme été — de gants blancs à crispins, ceinturon et guêtres de cuir blanc.

 

Les trompettes sont, eux aussi, dotés des mêmes équipements blancs ; ils portent, en plus, les aiguillettes de fil blanc et leurs trompettes sont garnies de la banderole en drap bleu ciel et amarante décorée du griffon ailé d'Esterhazy. En guise de pattes d'épaules, ils ont des trèfles en passementerie blanche du modèle de ceux qui ornaient, en 1914, la tunique des hussards.

 

A l'automne prochain (soit en 1962), le Régiment recevra le béret bleu foncé dont doivent être dotées toutes les unités de l'Armée de terre. Nous veillerons à ce que cette coiffure soit ornée de la « hongroise » et des rubans aux couleurs traditionnelles d'Esterhazy.

 

 

A la différence de leurs anciens de 1861 et de 1875, les hussards du 3e servant aujourd'hui en Algérie ne portent plus la barbe, interdite au Régiment ; les moustaches sont par contre fort nombreuses et leurs propriétaires ignorent sans doute qu'ils perpétuent ainsi une très vieille tradition de la cavalerie légère.

 

La tenue de combat comporte, en Algérie, une veste et un pantalon de toile verdâtre. Par temps froids, les équipages d'engins blindés y ajoutent le survêtement type « D.L.M. » en forte toile doublée de flanelle ; les « portés » enfilent, sous la veste de combat, un confortable gilet à manches en duvet matelassé. Le port du casque est obligatoire dans les véhicules : casques en matière plastique sans visière pour les « blindés », casque double pour les « portés ». Au combat à pied, béret « gurka ».

 

Les harkis du Régiment — un peloton par escadron — sont en toutes circonstances dans la même tenue que les hussards, à une exception près cependant : en tenue de combat, ils portent la casquette de parachutiste, dite « Bigeard ». Outre que cette coiffure, peut-être discutable du point de vue esthétique, est des plus pratiques, elle confère à celui qui la porte l'étiquette « commando » et ce sont bien, en effet, des missions de commando que nous confions habituellement à nos harkis.

 

Ainsi, près de deux siècles après sa création, notre Régiment demeure fidèle, par certains détails, aux traditions de ses tenues successives. Il porte à son béret les couleurs de son uniforme des guerres de la Révolution et de l'Empire, celui d'Iéna, d'Eylau, de Fried-land, des campagnes d'Espagne, de Prusse et de France. Sa coiffure s'orne aujourd'hui encore de la « hongroise » qui décorait, il y a tout juste cent ans, la caquette du 3e Hussards en Algérie. Sur le blouson, ce sont toujours les mêmes boutons de métal blanc. L'écusson n'a pas changé depuis 1915 et, avec la fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre 1914-1918, il symbolise quatre années de souffrance et de gloire. L'insigne du Régiment rappelle au hussard du 3e qu'en 1961 il est toujours un Esterhazy, au même titre que ses anciens depuis 1764.

 

 

Si, comme on l'a dit, la fidélité aux traditions et, notamment, à certains détails de la tenue, aide un régiment à être digne de son passé et à conserver une âme, nous sommes certains que le 3e Régiment de Hussards mérite toujours l'appréciation que son premier Colonel lui avait choisie pour devise : « IL EN VAUT PLUS D'UN. »

 

M. D. Mac CARTHY.