de 1871 à 1918

Les uniformes de la Belle Epoque

à la première guerre mondiale

 

 

A.- La Belle Epoque - 1871-1914

Le Second Empire, sous l'impulsion du Maréchal Niel, avait mis fin à plusieurs traditions séculaires de la Cavalerie française : suppression des carabiniers, remplacement de l'habit vert des dragons, qui datait de Louis XV par une tunique bleu foncé, disparition de la pelisse et de la ceinture-écharpe des hussards.

 

La Troisième République devait faire perdre aux Hussards une particularité qu'ils avaient été les seuls à maintenir depuis 1772 : la différenciation des régiments par la couleur de l'uniforme. Pendant un siècle, la couleur distinctive du 3e Hussards avait été le gris argentin, choisi par Valentin Ladislas Esterhazy à la fin du règne du Bien-Aimé.

 

Désormais, tous les Hussards auront la même tenue, les Régiments ne se distinguant que par le numéro du col.

 

Le nouvel uniforme, inspiré de celui du 1" et du 8e Hussards, est le suivant : tunique-dolman bleu ciel à jupe couvrant les hanches, fermant au moyen de neuf brandebourgs de laine blanche correspondant à trois rangées de boutons d'étain ; une soutache de laine blanche borde les devants, le bas de la jupe, les fentes latérales, les coutures du dos et simule des parements en pointe au bas des manches. Sur les épaules, deux pattes se terminent par des trèfles en galon de laine blanche ; numéro 3 en drap rouge sur le col bleu ciel. Manteau à courte pèlerine en drap bleu ciel, numéro garance sur le grand col rabattu. Pantalon de cheval garance, passepoil bleu ciel et fausses bottes en basane noire, petites bottes à éperons fixés au talon se portant sous le pantalon. Shako recouvert de drap bleu ciel, galon de pourtour supérieur en laine blanche et bandeau inférieur en cuir noir, cocarde tricolore fixée par une ganse blanche et un petit bouton d'étain, nœud hongrois en soutache blanche sous la cocarde, visière cerclée d'une bande de cuivre, jugulaire en gourmette de cuivre, plumet retombant en plumes de coq vert foncé, remplacé en petite tenue par le pompon sphérique à la couleur de l'escadron.

 

Les Hussards ont aussi le képi à coiffe garance et bandeau bleu ciel, soutaches bleu ciel et numéro rouge, et la veste d'écurie du modèle décrit sous le Second Empire, mais bleu ciel.

 

Le ceinturon se boucle sous le dolman, la bélière du sabre passant par la fente gauche de la jupe. La banderole de giberne est en cuir noir ; ainsi renaît, grâce au règlement, une vieille tradition du Régiment. Le mousqueton se porte, depuis la fin du Second Empire, en bandoulière. La sabretache est supprimée.

 

Pendant quelques années, les Hussards feront encore usage du tapis de selle modèle 1853, mais en drap bleu ciel à ornements blancs. En 1874, le harnachement est modifié ; il sera désormais du modèle que plusieurs d'entre nous ont encore connu avant 1939.

 

Le tapis de selle est supprimé, la selle étant placée sur la couverture de laine bleu foncé. Le manteau roulé est à cette époque fixé sur les sacoches devant le cavalier et recouvert du sac à distribution en toile grise. Derrière la selle, sous la palette, prend place le porte-manteau bleu ciel, de forme cylindrique, seul vestige de l'ancien paquetage du houzard. Il sera supprimé vers 1900 et, dès lors, le manteau roulé prendra place derrière la selle. Pour le service à cheval, le sabre est désormais fixé à la selle, derrière le siège, à gauche.

Les trompettes ont la même tenue que les cavaliers, le galon tricolore du col et des parements indiquant seul leur spécialité.

 

Même tenue également pour les sous-officiers, mais en drap plus fin, le bleu ciel plus clair. En tenue de sortie, ils ont un pantalon assez étroit sans basane. Dans de nombreux régiments, le «chic» pour un Sous-Officier consiste à faire retailler le pantalon basané de façon à le rendre semi-collant.

 

Les Officiers ont une tenue de même coupe, mais le drap bleu ciel est très clair. Le galon de pourtour du shako, la ganse, son bouton, la hongroise et le pompon sont en argent.

 

En souvenir, sans doute, du dolman de petite tenue, les tresses et soutaches du dolman-tunique des Officiers sont en soie noire et, sur les manches, les galons de grades en soutaches d'or ou d'argent sont disposés en demi-nœuds hongrois. Ils ont la culotte garance à double bande bleu ciel et les bottes noires avec éperons à la chevalière en acier poli. Le képi, non rigide, changera de forme jusqu'en 1914, mais il a, dès cette époque, les couleurs et le galonnage que nous lui connaissons aujourd'hui.

 

Le harnachement des Officiers est semblable à celui de la troupe, mais de facture plus soignée. La selle est placée sur un tapis de selle bleu ciel bordé d'un large galon rouge, arrondi à l'avant et en pointes à l'arrière.

 

Après la chute de Napoléon III, les emblèmes nationaux ont évidemment été modifiés, les attributs impériaux disparaissent et l'aigle cède la place, au sommet de la hampe, à la pique révolutionnaire. Notre nouvel étendard est désormais du modèle encore en service de nos jours. Sur la soie sont inscrits les noms des victoires où s'illustra le régiment au Premier Empire : Iéna, Eylau, Friedland, Monte-reau. Nous ignorons pour quelle raison le nom de Redinha, qui figurait sur l'étendard du Second Empire, a été supprimé sur celui de la IIIe République. Cinq années de durs combats en Espagne justifiaient l'inscription de cette bataille, au cours de laquelle le 3e Hussards, entraîné par le Maréchal Ney dans une charge magnifique, fut un élément déterminant de la Victoire.

 

Notre Régiment effectue un deuxième séjour en Algérie en 1875 et 1876 et participe à l'expédition d'El-Amri.

 

Il est probable que shakos et tuniques furent laissés en France et que nos Hussards firent colonne en képi et veste d'écurie. En saison chaude, celle-ci devait être remplacée par le bourgeron de toile blanche rentré dans le pantalon. Comme leurs anciens de 1861, les hussards devaient porter la barbe entière, chère au troupier africain d'alors. Vers 1890, la mode de la barbe gagnera l'Armée métropolitaine, chacun voulant imiter le général Boulanger.

 

En 1899, dans un souci louable de simplification et d'allégement, deux modifications importantes interviennent dans la tenue des cavaliers :

  • toutes les subdivisions de l'Arme seront dorénavant vêtues de la tunique du modèle en usage dans les régiments de cuirassiers. Cette tunique très simple, d'un entretien facile, est dépourvue de tout ornement ; plus de ganses, de soutaches, ni de brandebourgs. La tunique des hussards est entièrement bleu ciel, se ferme devant au moyen de neuf boutons de métal blanc ; sur le petit col droit, pattes bleu ciel avec le numéro du régiment garance ; au bas des manches, pattes rectangulaires ornées de trois petits boutons et, dans le dos, en dessous de la taille, deux pattes à la Soubise ornées de six boutons. Avec le dolman à brandebourgs disparaît le dernier souvenir de la tenue hongroise dès vieux houzards ;
  • d'autre part, le pantalon de cheval basané, fort lourd et disgracieux, ayant été enfin jugé peu propice au combat à pied, est remplacé par une culotte, des houseaux et des brodequins avec éperons amovibles. La culotte des hussards est garance avec passepoil bleu ciel.

 

Les autres effets d'habillement demeurent inchangés. Le galon tricolore est maintenu sur la nouvelle tunique des trompettes, au col et au bas de la manche. Les galons de grades sont en laine rouge pour les hussards de 1" classe et les brigadiers, en lézarde d'argent pour les sous-officiers ces galons sont disposés en « V » renversé.

 

La giberne disparaît, elle est remplacée par une cartouchière en cuir fauve portée en avant et à droite et fixée sur le ceinturon, désormais porté sur la tunique.

 

Les Officiers adoptent évidemment la nouvelle tunique. La mode d'alors l'exige très ajustée et le col « à manger de la tarte » atteint les dimensions d'un véritable carcan. Un vieux maître-tailleur prétendait que les Officiers de cavalerie légère s'efforçaient alors de ne jamais respecter les prescriptions réglementaires définissant la teinte exacte du drap bleu ciel, tant il est vrai que la fantaisie a toujours été le péché mignon de l'Armée française. Au manteau à pèlerine, les Officiers de cavalerie préféraient la pelisse ; celle des Officiers de hussards était bleu ciel, bordée d'astrakan noir et ornée de soutaches, tresses et galons de soie noire. Ainsi subsistait, malgré tout, le souvenir des riches uniformes d'antan

 

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B.- La première guerre mondiale - 1914-1918

En 1914, l'Armée française entre en campagne avec les tenues colorées et voyantes qu'elle possède depuis le début de la IIIe République, car, si la coupe et certains détails ont changé, les couleurs sont restées les mêmes.

 

Avec le recul du temps, on se demande pourquoi nos ministres, nos généraux et nos commissions militaires sont restés attachés à des uniformes aussi mal adaptés au combat moderne, alors qu'un peu partout dans le monde les Armées de divers pays avaient tenu compte, pour le choix de leur tenue de campagne, des expériences de multiples conflits. Pendant la guerre du Transvaal, les Anglais avaient troqué leurs traditionnelles vestes écarlates pour la tenue kaki (1901) ; la guerre russo-japonaise vêtit les Russes de gris-vert et les Japonais de beige (1904) ; la campagne de Libye fit adopter le gris-vert aux deux adversaires italiens et turcs Quant aux Allemands, pourtant friands de beaux uniformes, ils n'hésitèrent pas, après avoir assisté en observateurs aux divers conflits balkaniques, à vêtir leur armée du fameux gris « feldgrau ».

 

La France ne suivit pas ce mouvement, et c'est en shako-pompon, tunique bleu ciel et culotte rouge que le 3e hussards combat sur l'Ourcq et sur l'Yser. Mais, à partir de 1915, toutes les troupes métropolitaines vont adopter progressivement la tenue bleu-horizon. Le casque de tôle peinte, la tunique, la culotte et le manteau bleu-horizon ne constituaient certes pas une tenue brillante, mais elle fut celle des « poilus » et de la victoire ; elle symbolise à nos yeux tant de sacrifices, une telle somme de souffrance, de sang et de gloire qu'elle a définitivement conquis ses lettres de noblesse.

 

Depuis 1918, trois inscriptions s'ajoutent, sur la soie de notre étendard, aux victoires impériales : l'Ourcq 1914, Ypres 1914, la Marne 1918. Le régiment ayant obtenu deux citations à l'ordre de l'Armée, l'Etendard est décoré de la Croix de Guerre 1914-1918 et les hussards du 3e porteront désormais la fourragère aux couleurs du ruban de cette décoration.

Avec cette tenue bleu-horizon dont sont maintenant vêtus presque tous les corps de l'Armée de Terre métropolitaine, on ne distingue plus les subdivisions d'Armes que par d'infirmes détails : boutons et écussons. Les boutons des hussards demeurent demi-sphéri-ques en métal blanc ; leur écusson est bleu foncé avec deux soutaches et numéro bleu ciel.

 

En abordant cette étude, nous voulions essayer de décrire les différentes tenues portées par le 3e Hussards tout au long de son histoire. Nous devrions logiquement mettre ici le point final, puisque, dans les années qui suivent l'Armistice de 1918, les hussards ne se distinguent des autres subdivisions d'Armes que par des petits détails insignifiants.

 

Nous avons pensé, cependant, que les « Anciens » qui liront ces lignes et qui, hier encore, appartenaient au régiment, seraient heureux que soit évoqué un passé auquel ils demeurent, nous n'en doutons pas, profondément attachés.