de 1815 à 1870

Les uniformes de 1815 à 1870

 

A. — Restauration - 1815-1830

A la première Restauration, le régiment prend le nom de « Hussards du Dauphin » et conserve sa tenue de 1813, sur laquelle on se borne à remplacer certains attributs et insignes impériaux par ceux du roi : cocarde blanche au shako, armes de France en cuivre estampé sur la sabretache, galon de la livrée du roi sur la tenue des trompettes.

Au retour de l'empereur et durant les Cent-Jours, nouveau changement de ces quelques détails. Après Waterloo, le régiment est dissous, puis reformé en 1816 sous le nom de « Hussards de la Moselle ».

 

Pendant toute la période qui s'étend de la seconde Restauration à la chute de Napoléon III, seule dans toute l'Armée française, la tenue des Hussards a continué de se distinguer par des couleurs particulières à chaque régiment.

 

Du fait de son uniforme particulier, chaque régiment pouvait plus facilement échapper à la réglementation officielle et adopter certaines fantaisies qui finissaient toujours par être admises et officialisées par une modification du règlement.

 

A sa remise sur pieds en 1816, la tenue du 3e Hussards est la suivante : shako cylindrique très haut de forme en feutre noir, avec visière et renforts de cuir, pas de plaque, cocarde de cuir blanc fixée par une ganse blanche et un bouton d'étain, cordon de laine blanche, pompon sphérique à la couleur de l'escadron : bleu foncé au 1", cramoisi au 2e, vert au 3e, bleu ciel au 4e, jaune au 5e, blanc à l'état-major. Pelisse et dolman gris argentin, parements cramoisis, tresses et galons en laine de deux couleurs mélangées, 2/3 gris argentin, 1/3 cramoisi, boutons sphériques en étain ; pantalon hongrois cramoisi à galons gris argentin, bottes hongroises bordées de cuir noir, sans gland dans l'échancrure ; ceinture écharpe cramoisie à coulants blancs. Pantalon de cheval en drap gris avec passepoil cramoisi et garnitures (entre-jambes et manchettes) de basane noire, se portant par-dessus la botte ; les buffleteries sont blanches, la sabretache en cuir noir, ornée d'un écusson aux armes de France en cuivre estampé.

 

Les trompettes de tous les régiments de hussards prennent la livrée du roi, c'est-à-dire le dolman et la pelisse bleu foncé, galonnés du galon de livrée cramoisi à entrelacs blancs ; les parements et le collet du dolman sont cramoisis et les tresses mélangées de blanc et cramoisi. Le reste de la tenue des trompettes est semblable à celui de la troupe, mais la schabraque de selle est en mouton noir.

 

C'est à partir de 1815 que le hussard abandonne une de ses particularités jusqu'alors jalousement maintenue, la coiffure avec cadenettes tressée et queue, désormais interdites. Les cheveux sont coupés courts, sur les joues s'arrondissent les favoris en « crosse de pistolet » et la moustache fièrement relevée reste de rigueur.

 

L'équipement, l'armement et le harnachement sont en gros semblables à ceux de l'Empire, à la différence près, nous l'avons dit, que les buffleteries noires qui avaient été pendant très longtemps la marque particulière du régiment, ne sont plus tolérées. La schabraque en mouton blanc et feston de drap gris et le porte-manteau gris argentin à galon et fleur de lys cramoisis sont toujours le complément indispensable du harnachement de cavalerie légère, mais la croi-sette de têtière et la longue sous-gorge avec croissant de cuivre disparaissent de la bride du hussard.

 

 

Les officiers ont toujours la même tenue que la troupe, mais en drap fin, toutes les tresses et le galonnage en argent ; leur shako est recouvert de velours noir et le pourtour supérieur est bordé d'un large galon d'argent ; sabretache en drap cramoisi bordée d'un galon d'argent et armes de France brodées en fils d'or et d'argent. Les galons de grades sont portés sur les manches, en « V » renversé ; ils sont plats et larges d'un ou 2 cm. Voici quels sont, à cette époque, les divers galons :

  • Sous-lieutenant : 1 galon de 1cm en argent ;
  • Lieutenant : 2 galons ;
  • Capitaine : 3 galons, celui du milieu de 2 cm ;
  • Chef d'escadrons : 4 galons d'argent de 1 cm;
  • Major : 4 galons, dont 3 en argent et celui du bas en or ;
  • Lieutenant-colonel : 4 galons d'argent, 2 de 1 cm 2 de 2 cm ;
  • Colonel : 5 galons d'argent de 2 cm.

 

Le harnachement d'officier est simplifié, les clous et lanières tressées de la bride disparaissent, la schabraque en drap gris argentin avec bordure en galon d'argent remplace définitivement la somptueuse mais trop coûteuse peau de panthère.

 

Dès 1817, plusieurs modifications interviennent. Le pantalon de cheval en drap garance avec garnitures de basane et passepoil gris argentin remplace les deux pantalons de 1816. Les parements du dolman sont également garance. En 1818, le shako est recouvert de drap garance, le galon du pourtour et le cordon devenant gris argentin. En 1822, on donne aux hussards le haut plumet droit en plumes noires, le pompon d'escadron restant à la base. Les tresses et galons du dolman et de la pelisse sont mélangés de garance et de noir, d'un plus bel effet et, en 1823, une autorisation ministérielle régularise cette fantaisie.

 

Les trompettes ont toujours la pelisse et le dolman bleu foncé, mais le col et les parements deviennent garance, ainsi que le pantalon. A partir de 1827, les brisques en galon de livrée royale sont supprimées sur les manches et, dès lors, ce galon n'apparaît plus qu'en bordure du collet et des parements.

 

La schabraque en peau de mouton est supprimée en 1821 et remplacée par une schabraque en drap garance avec siège en mouton blanc (noir pour les trompettes), bordée d'un gros galon gris argentin, numéro 3 en drap gris argentin dans les pointes postérieures. Le porte-manteau sera, lui aussi, garance, avec passepoil et fleur de lis gris argentin.

 

A partir de 1820, les trois rangs de boutons de la pelisse et du dolman ne sont plus parallèles, mais se resserrent sur celui du centre en allant des épaules vers la taille. Cette mode exagère encore la « taille de guêpe » que chacun s'efforce d'obtenir en se sanglant à bloc. Les uniformes sont alors terriblement ajustés et l'on se demande comment nos hussards, corsetés de la sorte, ont pu charger et sabrer l'ennemi à Tramaced pendant l'expédition d'Espagne en 1823.

 

Faisons confiance à nos anciens ; ils avaient certainement trouvé, malgré la mode, le moyen d'être à l'aise et de manier leurs armes.

 

Pendant toute cette période, l'étendard est blanc, avec broderies d'or et fleur de lis découpée dans le fer de pique de la hampe.

 

B. — Monarchie de juillet - 1830-1848

La Révolution de 1830 entraîne quelques modifications de détail dans la tenue des troupes françaises : la cocarde sera désormais tricolore, la livrée royale est supprimée et, de ce fait, les trompettes prennent la tenue de la troupe, le collet et les parements du dolman étant ornés du nouveau galon « national » à dessins tricolores, encore en usage actuellement. Le coq gaulois remplace les armes de France sur la sabretache et l'étendard redevient tricolore, les couleurs étant disposées comme de nos jours, le coq remplaçant la pique fleurdelisée au sommet de la hampe.

 

On sait qu'en 1830 de nombreux officiers de l'ancienne Armée impériale, mis en congé de demi-solde en 1815, sont réintégrés dans les cadres de l'Armée. Leur influence va se faire sentir dans le domaine de l'habillement, de l'équipement et du harnachement, qui vont devenir moins exclusivement « de parade » et mieux adaptés à la vie en campagne. Cette impulsion vers une optique plus « fonctionnelle » ne viendra pas d'ailleurs des seuls « revenants » de l'épopée napoléonienne, mais aussi de tous ceux, jeunes et vieux, qui combattent en Algérie.

 

En ce qui concerne les hussards, si l'aspect général de leur tenue varie peu entre 1830 et 1848, certains détails vont cependant subir des modifications. Les vêtements — dolman et pelisse notamment — seront moins ajustés, moins étriqués, les manches s'élargissent, le collet diminue de hauteur ; le pantalon de cheval devient plus ample, à l'imitation de celui que portait Lasalle dès 1806 ; le shako, qui avait atteint des proportions extravagantes, sera peu à peu diminué de hauteur, son diamètre supérieur réduit.

 

En 1845, le 3e Hussards est ainsi vêtu : pelisse et dolman gris argentin, parements garance, tresses et galons mélangés de noir et de garance, boutons de métal blanc ; ceinture-écharpe cramoisie à coulants blancs ; pantalon garance à passepoil gris argentin garni de basane noire ; shako garance, galon du pourtour gris argentin, cordon de la couleur des tresses ; le plumet en plumes de coq noires a remplacé le plumet en crins noirs retombants qui avait détrôné, en 1831, celui en plumes noires droit et rigide. Depuis 1840, la schabraque en peau de mouton blanc (noir pour les trompettes) festonnée de rouge a remplacé la schabraque en drap garance. Ce retour à l'ancienne formule de l'Empire est certainement du aux anciens demi-soldes.

Les Officiers ont une tenue semblable, mais tous les galons et tresses sont en argent ; leur pantalon assez ample (on dira plus tard « à la hussarde ») n'est pas garni de basane et est orné de deux bandes de drap gris argentin sur les coutures latérales. Leur banderole de giberne, le ceinturon et la sabretache sont en cuir verni noir.

 

Pour donner plus de brillant à la tenue des trompettes, en tous points semblable à celle des hussards avec le discret galon tricolore au collet et aux parements, le colback leur a été attribué comme coiffure en 1831. Il rappelle celui des compagnies d'élite du 1" Empire et est orné d'un plumet rouge en crins retombants et d'une flamme garance à soutaches et gland à la couleur de l'Escadron.

 

La brillante tenue des officiers était fort coûteuse. Aussi, dès la Restauration, avaient-ils pris l'habitude de porter, pour le service courant, un dolman de petite tenue avec galons et tresses de soie noire. Ce vêtement n'étant pas réglementaire, chaque régiment adopta un modèle particulier. Il fut fixé, après d'interminables discussions, par le règlement en 1837. Au 3e Hussards, ce dolman de petite tenue était de même coupe et de mêmes teintes que celui de grand uniforme, mais tout le galonnage et les tresses étaient noirs. Sur les manches, les galons de grades en soutaches d'or ou d'argent étaient disposés en demi-nœud hongrois au-dessus du parement. Les officiers ont conservé leur schabraque garance à galon gris argentin de 1821 à 1853.

C. — Second Empire

Au début du Second Empire, le régiment porte la tenue précédemment décrite, à ce détail près que l'aigle couronnée a remplacé le coq gaulois sur la sabretache.

Hussard (1860)

 

Le nouvel Empereur avait la passion des beaux uniformes et, sous son impulsion, des modifications fréquentes vont intervenir dans la tenue des hussards. Qu'on juge plutôt :

  • 1852. — Les tresses et galons du dolman et de la pelisse deviennent blancs, ainsi que la garniture et le cordon du shako.
  • 1853- — La selle ayant été modifiée, la schabraque en peau de mouton est remplacée par un tapis de selle placé sous la selle et non plus dessus. Ce tapis est en drap gris argentin et recouvre les fontes et le paquetage avant. Il est arrondi aux angles postérieurs, ceux-ci sont ornés d'une étoile à huit branches en drap blanc, laissant apparaître en son centre le drap gris argentin du numéro 3 découpé à l'emporte-pièce ; galon et passepoil blanc en bordure. Le porte-manteau est également gris argentin avec petit galon et étoile blancs sur les deux extrémités circulaires. Les Officiers ont le même tapis avec ornements et galon d'argent pour la parade et en laine grise pour la petite tenue.
  • 1854.— Le large pantalon de cheval à fausses bottes en basane noir, du modèle en usage aux chasseurs d'Afrique, est donné à toute la cavalerie française. Au régiment, il est garance avec passepoil latéral gris argentin.
  • 1855.— Le modèle de la pelisse est changé. La nouvelle pelisse est de forme beaucoup plus longue et plus ample, couvrant les hanches du cavalier et fermée au moyen de six brandebourgs à l'allemande. Au régiment, elle demeure gris argentin, fourrure noire, doublure de flanelle grise, brandebourgs et galons de laine blanche.
  • 1859- — La pelisse est supprimée, mais sera portée jusqu'à usure ; les hussards perdent ainsi un vêtement caractéristique. Le pantalon reçoit deux bandes blanches encadrant le passepoil gris argentin.
  • 1860. — Suppression de la ceinture écharpe. Le col du dolman prend la couleur des parements, donc garance. Le talpack remplace le shako.

Sous-lieutenant de Pins

tenue de parade, 1862

Capitaine Cantelou

tenue d'Algérie, 1861-1865

 

En 1861, le 3e Hussards est envoyé en Algérie ; il devait y rester quatre ans. Depuis trente ans, la cavalerie légère métropolitaine était présente en Algérie, où les régiments de hussards et de chasseurs à cheval guerroyaient au botte à botte avec les spahis et les chasseurs d'Afrique.

 

Les premiers escadrons de hussards avaient débarqué avec leurs tenues et leur paquetage réglementaires. On constata très vite que le volumineux shako à plumet, la pelisse garnie de fourrure et la schabraque en peau de mouton ne se prêtaient pas à la guerre d'Afrique. Après bien des tâtonnements, la cavalerie de France séjournant en Algérie fut dotée d'une tenue et d'un paquetage plus adaptés au climat. Les escadrons de hussards laissaient au dépôt shakos, pelisses, ceintures-écharpes sabretaches et schabraque.

 

La tenue d'Afrique du 3e Hussards est donc la suivante : pour coiffure, la « casquette », ancêtre de notre képi, à coiffe garance et bandeau gris argentin, soutaches et « hongroise » blanches, visière et jugulaire de cuir noir. Le dolman est réservé à la parade et le hussard porte, en campagne, la petite veste d'écurie sans aucun agrément ni tresses, en drap gris argentin, s'arrêtant à la taille et fermant au moyen d'une rangée de neuf boutons. Pantalon de cheval à fausses bottes ; ceinturon et giberne et, croisant sur la banderole, la courroie du bidon de cavalerie recouvert en drap gris.

Comme les chasseurs d'Afrique, les Hussards ont, en Algérie, un harnachement simplifié : pas de schabraque, la selle étant posée sur la couverture grise pliée en quatre, porte-manteau derrière le troussequin, surmonté de la toile de tente et de la corde à fourrage ; sur les fontes, à l'avant, manteau roulé dans le sac à distribution, seau en toile, piquets de tente et musette mangeoire ; derrière le cavalier, pendent les besaces en forte toile.

 

Les officiers portaient, eux aussi, la casquette galonnée comme l'est notre actuel képi. Leur dolman de petite tenue était souvent déboutonné, laissant apparaître un gilet de piqué blanc et la large ceinture rouge ; le pantalon garance à large bande gris argentin complète cette tenue des plus fantaisistes. Leur selle était habituellement placée sur une couverture arabe à rayures multicolores ; à l'avant, fontes de pistolets en cuir verni noir ; à. l'arrière, en guise de bissacs, des sacoches arabes en cuir de couleur vive avec pompons de laine. Par temps froid, les officiers d'Afrique portaient, en guise de manteau, un court caban de laine blanche, à capuchon et larges manches, chamarré de soutaches en soie grise.

 

Le troupier d'Afrique portait volontiers la barbe fournie, strictement interdite en Métropole, où seule la barbiche et les mouches « à l'Impériale » étaient de rigueur.

 

 

On constate que, dès le début, les campagnes sur les terres lointaines ont eu une influence sur l'allure et sur la tenue de nos cavaliers. Sans doute cet uniforme simplifié manquait-il de brillant; souvenons-nous qu'ainsi vêtus, les hussards du 3e firent décerner au régiment deux citations « à l'ordre » (de l'Armée) pour sa brillante conduite au cours des combats d'Aïn-Tafrant et d'Aïn-Malakoff.

 

A son retour en France, en 1865, le 3e Hussards échange la casquette contre le talpack, dont viennent d'être dotés tous les régiments de cette subdivision d'arme ; c'est un bonnet de fourrure frisée noire, de forme cylindrique, avec flamme garance à soutaches et gland de fil blanc pendant à gauche, pompon bleu, aigrette blanche à sommet rouge et jugulaire en gourmette de cuivre. Le dolman, le pantalon basané, le ceinturon avec sabretache et la giberne complètent la tenue du hussard, désormais privé de la pelisse et de la ceinture-écharpe.

 

C'est ainsi vêtus que les hussards du 3e entrent en campagne en août 1870 ; le talpack est sans plumet, la flamme repliée est dissimulée sous une sorte de couvercle en toile cirée noire en haut de la coiffure. La selle, comme en Afrique, est dépourvue de son tapis et la sabretache est enfermée dans un étui de toile cirée noire avec numéro peint en blanc. Les Officiers ont le dolman de petite tenue, le pantalon à bandes assez collant serré dans des houseaux ou dans de hautes bottes souples à la mousquetaire montant à mi-cuisses. Beaucoup d'entre eux ont encore la pelisse de 1855. Leur coiffure est, de préférence, au talpack, soit la casquette (képi), soit un petit shako noir en cuir bouilli recouvert de toile cirée, sans autre ornement qu'un pompon en argent.

 

L'Etendard du Second Empire rappelle celui de 1812.

 

Le 3e Hussards avait, en 1858, un timbalier ; il eut aussi des sapeurs, très à la mode dans la cavalerie à cette époque. Nous ignorons quelles étaient les tenues de ces spécialistes.