le maquis et la libération

Le maquis et la libération

Le groupe d'escadrons 3° Hussards

A la dissolution de l’armée d’Armistice, une partie des soldats du régiment rejoint alors les maquis du Tarn et Garonne. En août 1944, le colonel Langeron, chef départemental FFI, reçoit l’ordre de reformer le 3° Hussards. Le 9 septembre, le 1° Groupe d’escadrons (2 escadrons sur les 5 reconstitués), aux ordres de «Marcus», rejoint la colonne Schneider. A la mort de «Marcus», c’est Delplanque qui prend le commandement. Le régiment est composé de maquisards, de résistants et d’anciens cadres du régiment.

 

Intégré à la 1ère armée du général de Lattre de Tassigny, le régiment participe aux combats des Vosges et d’Alsace. Il s’illustre en septembre dans la région du Haut du Faing puis de Kruth où il est cité à l’ordre de la division, avec attribution de la croix de guerre 39-45 avec étoile d’argent.

 

Le Haut du Faing est une butte allongée et couronnée d’un bois épais, dominant le village de Cornimont, entre les vallées de la Moselotte et de la Xoulces: ce verrou défend la route vers Colmar et l’Alsace et est tenu par une forte unité de Panzergrenadiers allemands. Le 16 octobre 1944, l’attaque est menée par le 6° RTM (Régiment de Tirailleurs Marocains) sous une pluie froide. En dépit de combats très violents et du manque de munitions, l’objectif est saisi au début de l’après-midi. Le 17, quatre violentes contre-attaques allemandes sont repoussées: les pertes des deux côtés sont très lourdes (le 6° RTM a perdu 100 hommes pour s’emparer du Haut du Faing et 700 pour le conserver). Le 18 octobre, le groupe d’escadrons du 3° Hussards est engagé à son tour. Incapable de reprendre la position, les Allemands l’écrasent sous les feux de l’artillerie. En dépit de nombreuses pertes, les Tirailleurs et Hussards tiennent la position. La violence des combats fait, aux yeux des témoins, du Haut du Faing un «Monte Cassino» vosgien.

le 6° RTM monte à l’assaut du Haut-Faing

 

 

« À partir du 19 octobre, le Haut-du-Faing va être le point de mire de toute son artillerie. Pendant quatre jours, tous les regards, toutes les activités amies et ennemies vont être dirigées vers le bois. Qu'on imagine la situation de nos éléments avancés restés en pointe au Haut-du-Faing, alors que l'ennemi tient encore aux lisières de Cornimont et que la Crête-des-Cerfs, sur la rive droite de la Moselotte, n'est pas encore occupée : ils sont tirés de partout, mais s'accrochent à la position !

 

À la pointe avancée du bois, la pente vers la Rochère est abrupte et les sapins sont hauts de 25 mètres. Outre les coups qui leur sont destinés - de tous engins et de tous calibres - nos gens reçoivent les coups longs de l'artillerie ennemie et les coups courts de la nôtre, le tout fusant, car il est impossible de se terrer.

 

On peut réaliser le véritable enfer des journées du 19 au 23 octobre 1944 au Haut-du-Faing... L'insomnie, la soif (parce que, dans les Vosges ruisselantes d'eau, ce sommet n'est qu'un rocher),: le froid, la mort, habitent ce haut-lieu du sacrifice. Nulle équipe qui monte au bois ne revient au complet; cependant, toutes s'y engagent autant de fois qu'il le faut, mues par la sainte contagion du devoir. Ainsi, gravissant tour à tour ce calvaire, les sapeurs, le ravitaillement, les brancardiers, les téléphonistes montent la piste sanglante.

 

La nuit impénétrable du bois condamne toute liaison ; rarement elle ne se passe sans que la radio saute. Demain, on installera une chaîne de coureurs. Mais de quoi sera fait demain ?... Au jour, on ne remarque qu'un lit un peu plus épais de branches fracassées d'où émergent les survivants...» (récit de Guy Deltell du 6° RTM)

 

Pour sa conduite héroïque, le groupe d'escadrons 3° Hussards se vera décerner une citation par le général de Lattre, le 17 janvier 1945 :

« Jeune formation constituée en septembre 1944 sous le commandement du capitaine Delplanque, s’est engagé en plein Haut du Faing le 18 octobre 1944. A maintenu sa position dans des conditions matérielles très dures, en octobre-novembre 1944, malgré les contre-attaques ennemies et de violents tirs d’artillerie, qui lui ont coûté en quelques jours la perte du sixième de son effectif dont 3 officiers tués. Ayant pénétré en Alsace, exécute journellement en décembre 1944, dans les bois au nord-est de Kruth de hardies patrouilles de contact qui harcèlent et fixent l’ennemi ».

 

Le bataillon III/20

La 20° région militaire est basée à Nancy, libérée le 15 septembre 1944. Elle comprend les départements de la Meurthe-et-Moselle, de la Meuse et des Vosges, et est commandée par le colonel Gilbert Grandval, ancien chef des FFI (et délégué militaire régional) de la Région C (Nancy). Sur son territoire, seront mis sur pied au moins neuf bataillons de marche rassemblant des anciens FFI de la Région C. Ces unités n’ont pas conquis des lauriers au sein de la 1ère armée française du général de Lattre, mais elles ont tout de même pris part à la libération de Metz (bataillon I/20 ou II/26e RI), à celle de Forbach (bataillon II/20 ou II/146e RI), à celle de Rambervillers (1er bataillon FFI des Vosges), à la défense de Strasbourg (bataillon III/20 ou I/26e RI), et même aux opérations de la Poche de Royan (bataillon V/20 ou I/150e RI).

 

Le bataillon de marche III/20, formé avec les FFI de la zone Est de la Meurthe (maquis de Ranzey – 66 de ses hommes se sont engagés dans les bataillons de marche et ont gagné la caserne Thiry de Nancy le 27 septembre 1944, et FFI du secteur de Lunéville), devient I/26e RI à compter du 20 septembre 1944, sous les ordres du chef d’escadron Hurstel (officier d’active). Les sous-lieutenants Herbuvaux et Roger Peroz (morts en Indochine) en font partie. Fin novembre 1944, il se porte sur Strasbourg que vient de délivrer la 2e division blindée. En janvier 1945, à la suite d’une contre-offensive allemande dirigée sur la capitale alsacienne, il défend le Rhin de La Wantzenau à Stockfeld. Le 25 février 1945, il est de retour à Nancy et vient cantonner à Houdemont. Entre-temps, il a été dissous officiellement le 1er février 1945 : une partie forme les 1er et 2e escadrons du 3e hussards, ses éléments fantassins rejoignent le nouveau II/26e RI (capitaine Thouvenot). Hurstel devient le chef d’état-major du 3e hussards, dont il prendra le commandement par la suite.

 

La recréation du régiment

Le 1er janvier 1945, à Nancy, le 3e Hussards est recréé avec à sa tête le colonel NEROT, alors chef d’état-major de la XXe région militaire. Pour reformer le régiment, il rassemble des éléments cavaliers et motorisés issus des Forces Françaises de l’Intérieur. Le colonel NEROT qui conserve ses fonctions de chef d’état major de la XXe RM délègue au LCL de MONTFERRAND les fonctions de commandant provisoire du régiment.

 

Le chef de corps s’attache à former le régiment à base de contingents ayant reçu une bonne instruction militaire et ayant connu l’épreuve du feu. Les éléments choisis sont :

  • le bataillon de marche du III/20 qui a combattu sur le Rhin dans les rangs de la 3e division d’infanterie algérienne et de la brigade d’Alsace Lorraine, 400 hommes et 18 officiers sous les ordres du commandant Hurstel.
  • Une fraction d’un bataillon de marche dissous composé d’alsaciens, anciens cavaliers de 39-40, évadés de l’armée allemande où ils avaient été affectés en unités blindés. 135 cavaliers et gradés.
  • Un groupe d’escadrons provenant du maquis de TARN sous écusson du 3e Hussards, aux ordres du capitaine DELPLANQUE. A combattu dans les rangs de la 1ère armée dès octobre 1944 dans les Vosges et en Alsace. 135 cavaliers et gradés.
  • Un détachement formé dans le maquis des Vosges, également incorporé à la 1ère Armée, composé d’une cinquantaine de volontaire et d’un officier de cavalerie

le colonel Nerot

Les 4/5 des effectifs choisis ont participé aux combats des Vosges et d’Alsace au cours de l’hiver 44-45. Le régiment est renforcé de 5 officiers et de 425 sous-officiers issus de la cavalerie motorisée et des chars. Le 1er mars 1945, le régiment est organisé en 5 escadrons (4 de combat et l’escadron hors rang). Seul le 1er escadron est prévu d’être équipé de chars légers, les autres devant conduire des missions de reconnaissance. Le 1er et le 2 sont stationnés à HOUDEMONT, le 3 et le 4 à VANDOEUVRE et l’EHR au quartier DONOP à NANCY.

 

Le 8 mars 1945 a lieu le premier rassemblement régimentaire, sur le terrain de HOUDEMONT. Tous les personnels portent l’écusson du 3e Hussards. Le régiment défile au complet devant son chef, le colonel NEROT. Deux jours plus tard, lors d’une manœuvre à tirs réels, le régiment réalise une tête de pont sur la Moselle. A l’issue de cette manœuvre, le général de BAZELAIRE, inspecteur de l’ABC, assisté de colonels de l’armée américaine, exprime sa grande satisfaction et annonce que le 3e Hussards sera le premier régiment de cavalerie à recevoir des matériels de guerre américains.

8 mars 1945, le premier rassemblement du régiment à Houdemont

19 mars 1945 : lors de l’inspection du colonel américain TENNEY qui décide de la remise du matériel au régiment, le colonel NEROT fixe le programme moral des cavaliers du régiment :

 

  • noblesse dans le regard (discipline : tenue, allure, rigueur)
  • goût du risque
  • vouloir faire mieux et plus que les autres
  • acceptation naturelle de la mort pour la France et pour la gloire de l’arme

 

2 avril 1945, le régiment défile à Paris. Au cours de cette cérémonie, le général de Gaulle remet son étendard au régiment. Il s’agit du vieil étendard du régiment, celui de 14-18 avec la croix de guerre et la fourragère, qui fut soustrait à l’occupant lors de l’invasion de la zone libre. Il reprend sa place à la tête du régiment. Pendant le défilé, tous portent le casque rond à bandeau de cuit des motorisés et le colonel est précédé de 4 trompettes (dont deux seulement savent sonner).

 

1er mai 1945, le régiment quitte ses cantonnements pour rejoindre sa nouvelle garnison à Mulhouse. L’accueil est enthousiaste, c’est le seul régiment de la garnison. Les évènements se précipitent et tout le monde sait l’Allemagne sur le point de capituler. 8 mai. Toute la ville de Mulhouse est dans la rue, attendant le discours du général de Gaulle. A 15h, la Marseillaise retentit, l’Allemagne a capitulé sans conditions. 9 mai 1945, prise d’armes devant le monument aux morts, suivi d’un défilé où pour la première fois un peloton motorisé composé de hussards défilé sur du matériel récupéré un peu partout. Le matériel est un échantillonnage de matériel de combat américain. Il y a un moteur de half-track qu’on ne peut pas arrêter, sous peine de le ramener en remorque. De jeunes alsaciennes ont pris place dans la jeep du CNE PARIS, dans la tourelle du blindé du LTN ROUEL et sur d’autres véhicules du régiment. Après la revue, le colonel garde à déjeuner les jeunes filles qui ont participé au défilé en tête du régiment. Au cours d’une cérémonie toute intime, dans son bureau, il les nomme 1ère classe honoraire du régiment.

 

En raison de la fin des hostilités, la livraison du matériel neuf traîne et pourrait ne pas se faire. L’instruction continue cependant, et le 15 mai les cavaliers savent conduire les auto-mitrailleuses. Le 20 mai 1945, le colonel décide de transporter le régiment à RIXHEIM et HABSCHEIM, 5kms au sud-est de Mulhouse. Le 3e corps d’armée dont dépendait le 3e Hussards est dissous. Le général Leclerc qui tient à la survie du régiment veut l’intégrer dans une autre grande unité. Le retour dans la Marine du 1er RFM de la division des Français libre permet au 3e RH de le remplacer et de récupérer son matériel. Le 7 juin, le régiment embarque à Mulhouse pour s’installer dans la vallée du petit MORIN à 80km à l’est de Paris. Les escadrons sont disséminés dans différents villages. Le 21 juin, une cérémonie a lieu dans la cour d’honneur du ministère de la Marine. Le 1er RFM et le 3e RH sont rassemblés face à face et se transmettent solennellement 5 chars, 1 half-track, 2 scout cars et 1 jeep. Les 6 et 7 août, le régiment fait mouvement pour la première fois avec tous ses moyens pour s’installer dans son nouveau cantonnement, au confluent de l’Ourcq et de la Marne, dans la région de Dormans.

le 1er RFM (à droite) remet ses matériels au 3° Hussards (à gauche)

Le 17 août, remise du fanion du 1er escadron où l’on pouvait lire la devise choisie par son capitaine : « la vie est belle ». Le régiment, reformé, poursuit l’instruction et la remise en condition opérationnelle. La seconde guerre mondiale est finie, mais de nouveaux conflits s’annonce où le régiment sera fortement engagé.