Valmy 1792

Valmy 1792

 

Valmy, bataille qui sauve la jeune République de l’invasion des armées étrangères, est une bataille à l’histoire fort controversée. Engagement militaire longtemps considéré comme mineur, elle a cependant un impact politique majeur dans la genèse de la première république et fut longtemps érigée en symbole mythique de la nation en armes parvenant à bouter les armées de mercenaire à la solde des monarchies étrangères hors de France. Mais que s’est-il passé à Valmy et surtout, comment le régiment y a-t-il participé ?

«Vive la Nation»,ou la vision «populaire» de la bataille.La nation en armes repousse les envahisseurs.

 

Après la proclamation de la république en septembre 1792, la France se retrouve engagée avec les monarchies européennes dans un série de guerres qui vont durer jusqu’à la fin du premier Empire. En réponse à la déclaration de Pilnitz, l'Assemblée législative ordonna la formation de quatre armées : armée du Nord avec Rochambeau, armée du Centre avec La Fayette, armée du Rhin avec Luckner, armée des Alpes avec Montesquiou. Le 20 avril 1792, elle déclara la guerre au roi de Hongrie et de Bohême, c'est-à-dire à l'Autriche, et Dumouriez, ministre des Affaires étrangères, fit aussitôt envahir la Belgique. Mais une panique arrêta l'invasion et il n'y eut plus, entre Dunkerque et Bâle, que deux armées : celle du Nord avec La Fayette, à l'abri des places frontières, et celle du Centre avec Luckner.

 

Les Autrichiens, pourtant en force dans les Pays-Bas, ne savent pas profiter de ce désarroi. Ils attendent l'entrée en campagne des Prussiens, commandés par Brunswick, dont l'insolent manifeste exaspéra la Révolution. Après la déclaration de guerre de la France à l’empereur d’Autriche, les armées alliées (prussiennes et autrichiennes essentiellement) envahissent la France sans rencontrer grande résistance. Dumouriez, qui a remplacé La Fayette, voudrait reprendre aussitôt l'offensive, mais les Prussiens sont inquiétants ; maîtres de Longwy et de Verdun, ils ont franchi l'Argonne (15 septembre 1792) et ils marchent sur Paris par Châlons. Le général Dumouriez décide de se porter en Argonne, d’y faire jonction avec l’armée de Kellerman et d’y stopper l’avancée ennemie tandis que les Autrichiens s'immobilisent devant les places fortes du Nord, dont ils font le siège.. La jonction se fait le 19 septembre aux alentours de Sainte-Menehould. Brunswick, qui craint pour ses communications, vient l'attaquer à Valmy.

le général Kellerman

le général Dumouriez

le duc de Brunswick

Sur un espace relativement réduit, marqué par quelques petits mouvements de terrain et borné par deux rivières, 34 000 alliés et 36 000 Français s’apprêtent à en découdre. Bien qu’en nombre presqu’identique, les forces ne sont pas du tout égales. Les alliés rassemblent des unités aguerries, encadrées et disciplinées, alors que les Français alignent des régiments de conscrits, sans grande expérience et surtout assez peu disciplinés. Le moral en revanche est du côté des Français, qui défendent leurs terres face à l’envahisseur. Celui-ci pensait être accueilli en libérateur mais se heurte à l’hostilité de la population, à de gros soucis de ravitaillements ainsi qu’à une épidémie de dysenterie qui ravage les rangs.

 

Dans la brume épaisse, les Prussiens prennent contact à Hans avec la petite avant-garde du général Deprez-Crassier

(à laquelle appartient le 3e de Hussards) qui se replie en bon ordre sur les pentes du mont Yvron. Ce contact permet à Dumouriez de renforcer le dispositif de Kellerman au nord en protégeant ses ailes. Au sud en revanche, les Français ne parviennent pas à déloger les alliés.

Vers dix heures, un véritable duel d’artillerie commence, sans mouvements de troupes. Contrairement aux attentes prussiennes, les Français ne se débandent pas. Suite à l’explosion de deux voitures d’artillerie de la batterie de Valmy, le désordre s’installe dans les lignes françaises, mais la réaction rapide du comte d’Aboville avec la réserve de canons permet de rétablir le dispositif.

le moulin de Valmy

Dumourier déplace ses troupes en réaction des renseignements de la cavalerie

 

Les prussiens se décident alors à aller au contact, sur trois colonnes d’assaut. Les Français les laissent venir, confiants dans leur dispositif et dans leur artillerie. Kellerman encourage ses troupes aux cris de « Vive la Nation ! », repris en chœur par les lignes. Le duc de Brunswick comprend alors qu’il n’est pas parvenu à ébranler le moral français, et que le terrain en leur faveur risque de conduire à un désastre. Il replie ses colonnes vers leurs positions de départ. La « bataille » se termine sur un curieux bilan : une longue canonnade sans suite, 300 Français et 184 Prussiens hors de combat, un retour aux positions de départ…

Kellerman encourage ses troupes à tenir la ligne

les colonnes prussiennes s’engagent puis font demi-tour

Frédéric-Guillaume II réalise que sa promenade militaire risque de se transformer en guerre de tranchées, que les gains territoriaux faciles qu’il espérait risquent de lui coûter un partie de son royaume à l’est, où la tsarine semble vouloir profiter de son absence. Aussi, lorsque le duc de Brunswick lui demande l’autorisation de retraiter, il ne se fait pas trop prier.

 

Le 30 septembre, l’armée prussienne, éreintée par la dysenterie, lève le camp et commence sa retraite. Les Français, sans chercher à exploiter, les « raccompagnent » à la frontière. De nombreuses théories avancent que le duc de Brunswick (chef des coalisés) fut acheté par la France (avec le diamant bleu de la Toison d’Or, volé quelques jours plus tôt) et qu’il a négocié son repli, la restitution de Verdun et de Longwy en partie contre la promesse d’une retraite « tranquille ».

 

Il n’empêche que même si sur un plan militaire, il ne s’agit sans doute pas d’une grande victoire, sur un plan politique, c’est un bouleversement. Sûre de sa force, la convention nationale abolit la royauté et proclame la République. La bataille de Valmy est donc à l’origine de l’idée révolutionnaire du citoyen en arme, idée qui fonda le principe de la conscription (ou service militaire).