la Marne 1918

La Marne 1918

 

Ayant mis à mal les Alliés lors de ses précédentes offensives mais n’étant pas parvenu à remporter un succès décisif, Lüdendorff décida d’un nouvel assaut massif pour le mois de juillet 1918 en exploitant les avancées de la fin du mois de mai. Les dernières réserves de l’Allemagne furent ainsi engagées en Champagne, le long d’un front de 90 km.

 

Le 15 juillet 1918, à minuit, une préparation d’artillerie, avec obus au gaz, lamina le sol sur l’ensemble du front. A la faveur de ces tirs, 72 divisions d’infanterie allemandes se portèrent en avant.

 

Mais, renseigné par des prisonniers et déserteurs allemands, Pétain avait anticipé l’assaut et ordonné d’abandonner la première ligne. Par contre, des îlots de résistance furent installés entre la première ligne française et la seconde ligne. Les troupes de première ligne devaient se replier sur la position intermédiaire devenue position principale de résistance et permettre l’arrivée de réserves sur la deuxième position. Seuls, des petits postes d’observation demeureraient sur la première position, avec mission de lancer des fusées lorsque l’ennemi arriverait devant eux. L’artillerie française reçut pour tâche de détruire l’artillerie allemande, puis d’empêcher les deuxième et troisième vagues d’assaut ennemies de venir épauler la première vague.

le général Lüdenddorf

le général Pétain

Le bombardement allemand fut terrible. Les îlots de résistance, composés de soldats français qui s’étaient portés volontaires, le supportèrent jusqu’au bout, se laissant généralement détruire.

 

Quand les colonnes d’assaut allemandes apparurent, les soldats français survivants des îlots, luttèrent jusqu’au dernier. Les troupes françaises des échelons suivants passèrent rapidement à la contre attaque et, par endroits, reprirent la première ligne volontairement abandonnée. Décimés par l’artillerie française, les Allemands furent partout contenus.

Le 16 juillet, sur la gauche alliée, une division américaine se lança à la contre attaque et rejeta l’ennemi dans la Marne, empêchant tout élargissement de la tête de pont dans ce secteur. Au centre, soutenus par des chars, les Français tinrent bon. A droite, les tranchées de deuxième ligne furent âprement défendues, limitant la poche dans cette région et empêchant l’avancée ennemie vers Épernay.

 

Mis en alerte le 15, la brigade de cavalerie légère est déplacée au nord-est de Daizil. Le 3ème Hussard y former le régiment à pied et reçoit pour mission d’arrêter et de repousser les infiltrations de l’ennemi dans le couloir de la Marne (Boursault, Ville-saint, Montvoisin) et de contre-attaquer. Les compagnies du régiment sont regroupées au sein des bataillons Parseval et la Taille.

 

Au soir du 16, la tête de pont des Allemands au sud de la Marne, large d’une vingtaine de kilomètres, ne dépassait pas 5 kilomètres en profondeur. Les Allemands avaient perdu 40 000 soldats contre 5 000 Français. La grande offensive qui devait mener les Allemands à Chalons en quarante-huit heures s’était noyée dans le sang.

 

Les compagnies du bataillon Parseval reçoivent l’ordre d’attaquer Montvoisin dans la nuit du 16 au 17. Alors que les sections abordent le village, elles sont violemment prises à partie et la compagnie est forcée de se rétablir dans le village de Villesaint. Le sous-lieutenant Benoist du 2e Escadron est tué lors de l’attaque. La compagnie de Gastines (3ème et 4ème escadrons) subit de lourdes pertes en tentant de relancer l’attaque le soir même. Le sous-lieutenant de Fontanges du 3e Escadron est tué à son tour.

 

Au lendemain de l’échec de l’offensive Friedensturm, Foch, général en chef des armées alliées, décida de réduire la poche de Château-Thierry afin d’empêcher toute nouvelle tentative ennemie d’avancée vers Paris.

 

A l’aube du 18 juillet 1918, sur un front de 55 kilomètres, l’artillerie française déclencha un tir de barrage à l’abri duquel progressèrent 470 blindés des armées Mangin et Degoutte. Dans le même temps, l’aviation alliée acquit la maîtrise du ciel.

 

En dépit des mitrailleuses ennemies, les Français progressèrent irrésistiblement, s’emparant même de plusieurs pièces d’artillerie. Le bataillon Parseval reprend son attaque vers 19h30 et parvient enfin à s’emparer de Montvoisin, après de violents combats au corps à corps dans le village. Le lieutenant Latars, du 4e Escadron, est cité à l’ordre de l’armée pour sa conduite héroïque lors de ces combats. Au soir, les Français, soutenus par des éléments américains, avaient capturé 12 000 Allemands et avancé d’une dizaine de kilomètres sur un front large de 55 kilomètres.

A l’aube du 19 juillet, l’offensive reprit. Presque partout, les Français gagnèrent du terrain, l’adversaire se rendant en masse devant les chars. Après la prise par les Français du plateau de Priez, l’armée allemande de von Boëhm, menacée d’encerclement, évacua précipitement les rives de la Marne. Le bataillon Parseval est relevé et bascule en réserve. Il a perdu 2 officiers, 3 sous-officiers et 38 hussards, ainsi que 27 blessés. Son action héroïque, à l’image de l’ensemble des troupes engagées dans la bataille, sera récompensée par un grand nombre de citations.

Les petits tanks à la seconde bataille de la Marne (juillet 1918)

Charles Baude

Le 20 juillet, désireux de reprendre l’initiative, Ludendorff engagea 5 nouvelles divisions dans la poche de Château-Thierry. Les renforts allemands ralentirent la progression française mais ne parvinrent pas à la stopper. Bientôt, la ville de Château-Thierry fut menacée par les éléments avancés français. Le 21, les Allemands multiplièrent les contre-attaques mais ils ne parvinrent pas à reprendre du terrain. Pis encore, ils perdirent Château-Thierry et furent, par endroits, repoussés de 10 kilomètres.

 

La victoire française semblait totale : capture de 20 000 prisonniers allemands, de 400 canons, 3 300 mitrailleuses, usure irréparable de soixante divisions adverses, délivrance de Château-Thierry et obligation pour Ludendorff d’abandonner la poche de Fère-en-Tardenois où il ne pouvait plus ravitailler ses troupes.

 

 

Les Français victorieux entreprirent d’exploiter leur succès. Le 24 juillet, plusieurs centaines d’Allemands furent encore capturés. Le 25 juillet, la progression française se poursuivit, permettant la libération de plusieurs villages malgré des pertes parfois lourdes. Le 26, les Allemands se retirèrent derrière l’Ourcq dont ils détruisirent les ponts. Le 27, les Français capturèrent Fère-en-Tardenois et Ville-en-Tardenois en dépit d’une résistance acharnée.

 

Le 1er août, les Français atteignirent la ligne Grand Rozoy-Cramaille. En déroute, von Boëhme accéléra son repli, se couvrant à l’aide de détachements de mitrailleurs qui reçurent l’ordre de se sacrifier pour ralentir l’avancée alliée. Le 3 août, les Allemands furent contraints de se réfugier au-delà de la Vesle. La poche de Château-Thierry fut ainsi totalement réduite et la voie ferrée Paris-Strasbourg libérée.

le maréchal Foch

Pour l’Allemagne, l’échec de l’offensive Friedensturm et la défaite de la seconde bataille de la Marne furent catastrophiques. Le pays n’était plus en position de menacer Paris et, surtout, ne disposait plus des moyens de lancer de nouveaux assauts.

 

Cette brillante victoire, éclatante comme un coup de foudre au lendemain des succès les plus décisifs de l’Allemagne, eut dans le monde entier un immense retentissement. Personne ne s’y trompa : cette fois, c’était la fin. L’Empire Allemand avait joué sa fortune dans les grands chocs du front français occidental, et il venait de la perdre.

 

Le 6 août, Clemenceau proposait au Président de la République de faire du général Foch, dont la victoire commençait à couronner l’énergie et les calculs, un Maréchal de France :

 

« La dignité de maréchal de France, disait son rapport, ne sera pas seulement une récompense pour les services passés, elle consacrera mieux encore dans l’avenir l’autorité du grand homme de guerre appelé à conduire les armée de l’entente à la victoire définitive. »