l'Ourcq 1914

L'Ourcq 1914

 

 

Après l’échec de la bataille de Charleroi, les Alliés entament une retraite générale. L’objectif est de se regrouper, d’arrêter les Allemands sur l’ensemble du front et de les déborder sur le flanc gauche allié. La 6e armée (constituée à partir de troupes prélevées sur les armées de l’est), sous les ordres du général Maunoury, est chargée de la manœuvre de débordement. Les armées allemandes poursuivent leur marche vers la Marne, cherchant à détruire l’armée anglaise.

 

Le corps de cavalerie du général Sordet (auquel appartient la 3e division de cavalerie où on retrouve le 3e Hussards) ne joue qu’un faible rôle dans lescombats, notamment parce qu’elle a été très durement éprouvée pendant la retraite de Charleroi. Cependant son rôle est essentiel dans la bataille, puisqu'il empêche l'armée française d'être prise à revers. Durant toute la retraite, le régiment participe à des actions de couverture, qui doivent permettre au 7e corps de se replier dans de bonnes conditions. C’est notamment pendant cette retraite que le lieutenant d’Argenlieu se distingue en chargeant un fort parti ennemi à la tête de son peloton. Entre le 1er et le 5 septembre, le régiment se replie à l’ouest de Paris, afin d’être renvoyé sur la gauche de l’armée Maunoury où il remplit des missions de liaison et de reconnaissance entre les 7 et 10, afin d’éviter le contournement de la 6e Armée.

Le 31 août, vers Saint-Maur, de très importants mouvements ennemis qui abandonnent la route de Paris et poursuivent leur marche en direction du sud-est sont signalés dans le camp allié. Au lieu de marcher sur Paris, comme le prévoit le plan Schlieffen, l’armée de Alexandre von Kluck passe à l’est de Paris à la recherche de l’armée anglaise, estimant que la menace de l’armée franco-britannique subsistait encore. Il ne dispose d’aucun renseignement sur l’importance des troupes qui stationnent dans la région parisienne mais n’est guère inquiet d’une contre-attaque. L’état-major lui demande d’assurer la couverture des armées allemandes en restant en retrait d’une journée de marche par rapport aux autres armées, mais von Kluck est déjà en avance d’une journée par rapport à son voisin von Bülow. Il devrait stationner deux journées, ce qu’il juge inacceptable et il franchit la Marne à la poursuite de l’armée anglaise, enfreignant les ordres du commandement suprême.

Le 3 septembre, la tête des armées allemandes franchisent la Marne : l’avance vers Paris a complètement cessé. La route entre Paris et Senlis est vide d’Allemands. Gallieni comprend très vite la manœuvre allemande et

propose à Joffre de les attaquer de flanc, mais il faut pour le moment poursuivre la retraite générale, la 4e division anglaise ayant été repoussé par l’avance allemande. Creil est abandonné, puis Chantilly et Senlis. L’armée en retraite oblique vers le sud-est afin d’assurer la protection du secteur nord-est du camp retranché de Paris. Dans la journée du 4, Joffre estime la possibilité de reprendre l’offensive à compter du 6 et prépare ses instructions. La 6e Armée devra se tenir prête à franchir l’Ourcq entre Lizy et May en Mutlien, sur les arrières de von Klück. L’armée anglaise de French devra elle se porter entre Changis et Coulommiers.

général von Kluck

général French

général Joffre

Le 5 septembre, vers 12 heures, l’artillerie allemande tire des hauteurs de Monthyon sur l’artillerie française en train de se déployer et les divisions d’infanterie allemandes attaquent les Français. Au sud, la brigade Marocaine refoule les Allemands mais ne parvient pas à s’emparer de la colline de Penchard. Elle subit de grosses pertes dans une plaine découverte, sous le feu de troupes allemandes qui occupent une position dominante. Au centre, la 55e division de réserve se lance à l’assaut des hauteurs de Monthyon. Au nord, les Français ne parviennent pas à s’emparer de Saint-Soupplets. Au soir du 5, aucune des unités françaises, que ce soit en raison des combats ou en raison des la fatigue des combats précédents (la retraite a été particulièrement éprouvante) n’est parvenue sur les positions prévues pour le début de l’attaque du 6.

Le 6 septembre, à 1 heure, Von Kluck est averti de l’offensive française. Profitant de la fatigue des troupes anglaises, il détache certaines de ses troupes les plus au sud pour contrer l’attaque et donne l’ordre au IIe corps d’armée de remonter vers le nord pour éviter le désastre. Les Alliés poursuivent leur offensive : au matin, la 6e Armée relance sa progression, le 7e corps d’armée attaque les crêtes du Multien, la 55e division de réserve s’empare de Monthyon et la brigade marocaine s’empare des collines de Penchard.

 

C’est ce jour-là qu’arrive à l’armée la proclamation historique de Joffre :

« Toute troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée. »

 

Le 7 septembre, le 7e corps d’armée et la 61e division de réserve entament une manœuvre de débordement par le nord, mais les Allemands répliquent. Les combats se déroulent dans le secteur de Nanteuil-le-Haudouin, où les Français sont bloqués.

La VIIIe division allemande renforce des unités dans le secteur d’Etrepilly et de Torcy. Alexander von Linsingen ordonne l’attaque de la ligne Antilly à Trocy. Son aile droite rejette les Français au-delà de Villers-Saint-Genest, Bouillancy et la 22e division s’empare d’Étrépilly. Les IIe et IVe corps d’armée allemands repassent la Marne, et Von Kluck déploie trois divisions de cavalerie et des détachements d’infanterie, appuyés par de l’artillerie, pour freiner l’avance anglaise. Les Allemands se massent face à la 6e armée, protégés face aux Anglais par leur arrière-garde : il leur faut percer avant d’être poussés à la retraite.

Côté allié, la 7ème division débarque à Paris : il faut qu’elle soit rendue dans la nuit à la gauche de Maunoury. Au grand étonnement des Parisiens, tous les taxis-autos sortent des garages et prennent la direction de la banlieue est. Les agents arrêtent au vol ceux qui sont en course, et les clients, abandonnés sur place, applaudissent lorsqu’ils connaissent la raison de leur mésaventure. 1.100 voitures font ainsi deux fois dans la nuit “au compteur” le voyage de Nanteuil, avec cinq hommes dans chaque taxi. Le reste de la division utilise le chemin de fer, l’artillerie suit la route.

Le 8 septembre, cette division se place entre la 61e division et le 7e corps d’armée mais l’arrivée du IVe corps d’armée allemand neutralise les renforts. La lutte est acharnée sur l’ensemble du front. Les Ier et IXe corps d’armée allemands assurent la protection contre un mouvement de flanc des Anglais. Les anglais refoulent les arrière-gardes allemandes vers la Trétoire et Signy-Signets, et gagne le front vers la Ferté-sous-Jouarre. La 8e division française est engagée au sud de Meaux, pour assurer la liaison entre la 6e armée et les troupes britanniques.

Le 9 septembre marque le point culminant de la bataille. Sous la pression de la droite française et des troupes britanniques, les Allemands se replient au centre et sur leur gauche. Pour faciliter cette retraite, von Klück fait violemment contre-attaquer sa droite et s’empare de Nanteuil-le-Haudouin et Villers-Saint-Genest. Maunoury renforce son aile gauche avec les 8e et 62e divisions mais la situation reste très critique : la gauche de la 6e armée court le risque d’être contournée. Gallieni refuse l’idée d’une retraite sur Paris et ordonne de se faire tuer sur place. L’armée anglaise poursuit sa progression, franchit la Marne et finalement emporte la décision : craignant d’être pris en tenaille entre l’armée Maunoury qu’ils ne parviennent pas à faire reculer et les Anglais qui les refoulent petit à petit, les Allemands battent précipitamment en retraite vers les nord-est.

 

Le 10 septembre, les IXe et IIIe corps d’armée allemands reculent en direction de l’Aisne. Le régiment est toujours sur l’extrême gauche des troupes françaises. Les escadrons s’éparpillent dans les alentours, patrouillant afin d’éviter que l’ennemi ne cherche à tourner le dispositif. C’est au cours d’une de ces patrouilles que le capitaine Sonnois s’empare du drapeau du 94e Landwher près du village de Mont-Levêque, fait d’armes qui valut au régiment la fourragère 14-18.

 

La victoire reste donc à la 6ème armée. Elle n’a pu réussir, par suite de l’habile manœuvre du général allemand le mouvement d’enveloppement envisagé par Joffre et Gallieni, mouvement qui eût amené la déroute allemande, mais son opiniâtreté et son esprit de sacrifice ont finalement contraint von Klück à une retraite hâtive dont l’effet va se faire sentir par échelons sur tout le reste du front. Paris et la France sont sauvés.

le capitaine Sonnois

le drapeau du 94e Landwher dont une réplique est conservée en salle d'honneur du régiment