Batailles de l'étendard

Les batailles de l'étendard

 

Cette partie du site présente les batailles brodées dans les plis de l'étendard

Notre devise prend tout son sens en 1806 lorsque l’empereur Napoléon 1er, voyant défiler à Berlin le 3ème hussard qui venait de s’illustrer lors de la prise de Magdebourg, a prononcé la phrase « oui vraiment, il en vaut plus d’un ». Cette phrase symbolise l’audace et le panache propre au caractère du hussard.

 

Pour mériter ce compliment, les Hussards d’Esterhazy ont fait valoir leur courage à de nombreuses reprises. L’étendard du régiment porte le nom de neuf batailles particulières. Ce ne sont pas forcément celles où le régiment brilla le plus, mais ce sont toutes des batailles d’une grande importance dans notre glorieuse histoire de France.

 

Ces noms de batailles ont évolués avec le temps, et sont aujourd’hui:

 

Les inscriptions des étendards

Mais d'où viennent ces noms de bataille ? Qui décide de leur inscription et comment sont choisiesles batailles ? Le CNE Marie-Ange Tourillon, alors en service au 3e Régiment de Hussards, a répondu à cette question dans son mémoire du diplôme de qualification militaire, dont nous vous livrons un extrait ci-dessous. Son passionnant travail permet de mieux comprendre pourquoi nous portons ces noms de bataillesdans les plis de notre étendard.

1 - Les origines

 

L'usage de faire figurer des inscriptions commémoratives sur les drapeaux régimentaires remontre à 1797. Le Général Bonaparte fut le premier à faire inscrire sur les emblèmes des demi-brigades de l'armée d'Italie, des devises et des noms de batailles évoquant les actions d'éclat accomplies par ces formations. Sans suite immédiatement après, cette manière de faire fut reprise en 1812, abolie sous la Restauration et définitivement appliquée en 1852 par Louis-Napoléon. Le nombre des inscriptions fut alors limité à cinq par l'emblème.

 

2 - Les commissions d'attribution des inscriptions

 

Après la défaire de 1870 et jusqu'en 1880, les drapeaux provisoires ne portèrent plus de noms de batailles. Afin de rationaliser les drapeaux tant dans la forme que sur le fond, le ministère de la guerre adopta le principe d'une commission chargé d'étudier et d'élaborer les textes réglementant les emblèmes.

 

2.1 - Les drapeaux de 1880

 

Pour pouvoir honorer les drapeaux qui seront remis en 1880, une commission nommée par le ministre de la Guerre en 1871 procéda à la refonte totale des inscriptions. Le travail s'étala sur 8 ans et la liste des batailles au cours desquelles s'étaient illustrés les formations de l'armée française fut approuvée le 3 février 1879.

 

La République suivait l'exemple de l'Empire : pas de noms d'événements avant 1792 (Valmy) en revanche la circulaire ministérielle du 19 novembre 1878 fixa le nombre d'inscriptions à quatre.

 

Bien qu'il ne fut pas fait mention des batailles de la guerre de 1870-1871 sur les emblèmes remis en 1880, des combats glorieux mais malheureux pour nos armées furent retenus et sont toujours inscrits dans les plis des drapeaux tels que « Sidi-Brahim » pour les chasseurs, « Camerone » pour la Légion étrangère ou « Bazeilles » pour l'infanterie de marine.

 

Entre 1880 et 1914, suite aux expéditions coloniales, aux campagnes d'Extrême-Orient, de Madagascar et du Maroc, le nombre d'inscriptions augmenta et certains en portèrent jusqu'à sept.

 

2.2 - Les inscriptions de la Guerre 1914-1918

 

Après la Première Guerre mondiale une nouvelle commission fut nommée en 1920. Les dimensions de lé blanc limitant les possibilités d'inscription il a été nécessaire de prévoir, soit séparément, soit concurremment d'éliminer quelques unes des inscriptions et d'en augmenter le nombre.

 

La décision ministérielle du 27 août 1920 fixa le nombre d'inscriptions à huit.

 

Pour permettre à la commission d'établir une liste, il était demandé en 1922 aux généraux commandant les grandes unités de faire des propositions suivant les principes suivants :

  • Le nombre des inscriptions pouvant figurer sur un emblème est de huit maximum,
 y compris les inscriptions ancienne ;
  • Inscrire de préférence les batailles pur lesquelles le corps a obtenu des citations à l'ordre de l'armée. Ceux n'en ayant pas obtenu ne peuvent, en principe, prétendre qu'à une seule inscription ;
  • Ne retenir que des noms de batailles où les armées françaises ont incontestablement triomphé ;
  • Eviter autant que possible de sacrifier des inscriptions anciennes. »

 

La suppression d'inscriptions furent des décisions très douloureuses cependant ceci peut être relativisé car si l'inscription disparaît du drapeau elle n'en demeure pas moins inscrite au palmarès du régiment.

 

C'est lors des travaux de cette commission en 1926 qu'il fut décidé de préciser le millésime des batailles, car s'il était aisé de distinguer les batailles par le passé par la diversité des époques et des théâtres, il n'en fut pas de même pour les batailles de la Grande Guerre. Les deux batailles de la Marne, celle de 1914 et 1918 en sont un exemple ainsi que les noms de Picardie, de Flandres, de Champagne qui furent maintes fois appliqués à des combats ayant eu ces régions pour théâtre entre 1914 et 1918.

 

Par la suite, un décret du Gouvernement provisoire de la République française pris à Alger le 20 mars 1944 porta le nombre d'inscriptions à 12.

 

2.3 - Les inscriptions de la Guerre 1939-1945

 

C'est sur proposition du Service historique de l'Armée que fut créée le 15 janvier 1945 par le ministre des Armées, une nouvelle commission dite « des drapeaux » chargée de déterminer les noms de bataille de la guerre 1939-1945 susceptibles d'être inscrit sur les emblèmes des formations de toutes armes ayant participé aux opérations sur terre, sur mer et dans le airs. Pour une attribution équitable de ces inscriptions la commission s'inspira de la méthode employée pour la Grande Guerre : une inscription par citation collective à l'ordre de l'armée.

 

Afin de procéder à l'étude approfondie de tous les événements, de tous les cas litigieux et de toutes les demandes, la commission se réunit douze fois pour aboutir à la parution au Bulletin Officiel du 24 janvier 1939, de la liste, approuvée par le ministre de la guerre le 13 décembre 1948, des batailles à inscrire dans les plis des emblèmes pour la guerre 1939-1945.

 

Le nombre des inscriptions fut porté en 1948 à douze dont la disposition suivante fut arrêtée :

  • les 8 premières inscriptions dans le lé blanc
  • les 9ème et 10ème dans le lé rouge
  • les 11ème et 12ème dans le lé bleu.

 

2.4 - Les inscriptions de la Guerre « d'Indochine »

 

Le 16 novembre 1955, à l'initiative du Service historique saisi de très nombreuses demandes, l’état-major décida de créer une commission des emblèmes pour statuer de l'inscription « Indochine ».

 

Les conditions exigées pour les formations de l'armée de Terre furent : une citation à l'ordre de l'armée ou deux citations dont une à l'armée décernés aux bataillons (ou unités

équivalentes) de ce corps.

 

A la fin de ses travaux, par décision n°13 ol6/EMA/3-l du 26 novembre 1956, l'inscription « Indochine » fut attribuée à 68 drapeaux ou étendards du corps expéditionnaire d'Extrême

Orient.

Afin de faire figurer l'inscription « Indochine » sur quelques emblèmes le nombre total fut exceptionnellement porté à 13, 14 et voire 15.

 

2.5 - Les inscriptions des Combats d'Afrique du Nord

 

Suite à la loi n°99-882 du 18 octobre 1999 reconnaissant le caractère de guerre aux combats d'Algérie de 1952 à 1962, le cabinet du ministre de la Défense fut saisi de nombreuses demandes sur la possibilité d'inscrire la mention « Afrique du Nord » sur les emblèmes des unités qui se sont illustrées au cours de cette guerre.

 

Le ministre de la Défense, Mme ALLIOT-MARIE décida la création de la commission « AFN » le 9 septembre 2003. L'appellation « Afrique du Nord 1952-1962 » fut proposée par la commission mais c'est le sigle « AFN 1952-1962 » qui fut finalement retenu, celui-ci étant l'expression employée par les anciens combattants et la majorité de la population.

 

L'arrêté du 19 novembre 2004 établit une liste de 237 formations de toutes les armées et services dont 177 formations de l'armée de Terre.

 

2.6 - L'inscription de batailles sans commissions : Le cas VALMY de l989

 

L'inscription, en 1989, de la bataille de VALMY en constitue le principal exemple. En effet, la Bataille de VALMY le 20 septembre 1792 est la plus ancienne des inscriptions des Emblèmes français. Hautement symbolique, c'est la Première victoire d'une Nation en armes. C'est aussi l'événement fondateur de la République Française, il symbolise la défense de la Nation par la force et la victoire par la valeur de son armée ; il préfigure l'armée de conscription.

 

Pourtant, sur les 66 régiments qui participèrent à la Bataille, seuls sept voyaient VALMY inscrit dans leurs plis. A l'occasion du bicentenaire de la Révolution Française (1989), le Ministre de la Défense décida de combler cet « oubli » par l'inscription de cette bataille sur les emblèmes des autres corps.

 

Certes, VALMY reste le symbole de la défense des intérêts de la Nation toute entière par son armée « citoyenne ». Pour aidant, l'attribution de l'inscription VALMY semble dévalorisée au regard des règles en vigueur. En effet, elle obéit à une décision politique, fut attribuée sans commission ni citation et n 'a, en outre qu'une piètre valeur militaire.

 

Il s'agit donc d'une intervention politique qui bouscule la gestion des emblèmes, mais qui montre bien toute l'importance de la symbolique ainsi que l'impérieuse nécessité de l'adapter à une société en pleine évolution, société dans laquelle est immergée l'institution militaire. A cet égard, on peut s'interroger ici sur le rôle et la place de la symbolique militaire : n 'a-t-elle pas vocation à traduire, sinon à accompagner l'évolution de la société ? A l'heure de la suspension de la conscription, ne doit-elle pas constituer un instrument au service d'une obligation morale, celle qui incombe à toute autorité (y compris les chefs et historiens militaires) de ne pas laisser s'approfondir le «fossé »?

 

Depuis Napoléon, la sensibilité de la société militaire ou civile a changé à l'égard de la gloire militaire, cependant la présence ou non d'une inscription quoique hautement symbolique n'en demeure pas moins hautement sensible.

 

Les inscriptions sont les images du passé, elles sont les récompenses qui témoignent de faits d'armes, de conduites glorieuses et de sacrifices suprêmes.

 

Cependant futures règles d'inscriptions des combats devront évoluer pour s'adapter aux conflits modernes et à la structure actuelle des formations engagées sur les théâtres d'opérations : internationales, interarmes, interarmées ...

 

Et, aujourd'hui dans notre société très médiatisée comme dans notre armée professionnalisée, l'importance de la forme ne doit pas peser sur le fond et nous devons faire notre la pensée suivante de Paul Valéry : « la véritable tradition dans les grandes choses, n'est point de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l'esprit qui a fait ces grandes choses et qui en ferait de tout autres en d'autres temps ».

 

CNE TOURILLON