AFN 1952-1962

AFN 1952-1962

Les conflits de la décolonisation ayant longtemps été considéré comme une «sale guerre» dont il faudrait avoir honte, ce n’est que relativement récemment que cette dernière inscription a été inscrite sur les plis de l’étendard. Si en effet il est nécessaire de reconnaitre que les opérations n’ont pas toutes été menées dans la stricte application des lois de la guerre, il est également important de reconnaitre que les soldats engagés dans le conflit ont été envoyés faire une mission à laquelle ils n’étaient pas formés, plus ou moins soutenus par des gouvernements successifs qui exigeaient des résultats sans regarder à la manière et mis au final dans une situation impossible.

 

Ils s’y sont engagés avec honneur et passion et ont fait du mieux qu’ils ont pu. Il y a eu des dommages collatéraux, comme malheureusement dans toute guerre au sein des populations. Les combats ont conduits à une victoire militaire qui n’a pas su être accompagnée d’une transformation politique et d’une réforme de la socitété nord-africaine. Aujourd’hui encore, les guerres de décolonisation font débat et il n’est pas question ici de trancher, d’excuser ou de condamner, mais simplement de souligner la bravoure des soldats du régiment qui s’engagèrent de leur mieux dans un conflit impossible.

 

Le Maroc

Dans le climat de décolonisation générale qui s’est emparé de tout l’empire français, un certain nombre de troubles éclatent en Afrique du Nord. Face à l’impuissance de la police contre ce qui devient rapidement de véritables actions de guérilla, le gouvernement décide d’utiliser l’armée pour maintenir l’ordre.

 

Ce n’est qu’en 1955 que le régiment est désigné pour rejoindre l’Afrique du Nord, et tout d’abord le Maroc. Il quitte Alençon le 16 août et arrive à Fès le 20, d’où il rejoint son nouveau quartier, à Ifrane. Il est engagé dès le 23 août à Azrou, où 13 Français ont été massacrés par des rebelles.

 

Tout au long de l’année, les missions de surveillance se succèdent, sur tout le territoire du Maroc. Le premier contact réel avec la rébelliona lieu le 21 août 1956, avec la mort du maréchal des logis Parise.

 

Jusqu’en 1958, le régiment poursuit ses nombreuses actions à travers la région: contrôle de zone, ouverture d’itinéraires, patrouilles de surveillance. En septembre, la Ve République est proclamée et le général de Gaulle, nouveau président, annonce sa décision d’accorder l’autonomie puis l’indépendance au Maroc, avec une évacuation progressive des troupes françaises. Le régiment est alors envoyé en Algérie.

le maréchal des logis PARISE

premier mort du régiment au Maroc

 

le half-track du MDL MATHIEU avant une patrouille de corvée d’eau à BENI-OUNIF (janvier 1957). 3e peloton du 2e escadron

 

L'Algérie

Après une brève escale dans le camp de Médiouna, le régiment rejoint la ville de Bône où il est affecté à la surveillance de la ligne Morice, grand barrage électrifié sur la frontière algéro-tunisienne, qui doit empêcher les rebelles de rejoindre leurs bases arrières en Tunisie (à laquelle la France a également accordé son indépendance, en 1956). Les escadrons nomadisent, en permanence sur le terrain. Le 21 mars 1959, une opération d’envergure permet au régiment d’obtenir la reddition puis le ralliement du chef rebelle Ali Hambli et de 152 fellaghas.

 

Engagé en novembre dans la région de Saint Arnaud, le régiment y reste jusqu’en juin 1961 et obtient des succès significatifs contre le FLN, notamment au djebel Meksem et à la mechta Mehammid où les 2e et 3e escadrons accrochent des commandos, ou encore à Mons où le 2e escadron réduit une grotte. Ces actions, nombreuses, conduisent à chaque fois à des saisies d’armes et de prisonniers.

 

3 escadrons du régiment sont équipés d’AMM8, automitrailleuses légères, rustiques et équipées d’un canon de 37mm. Le 4, lui, combat à pied. Chaque escadron est renforcé par une harka de 20 à 30 harkis (soldats indigènes ou anciens rebelles ralliés). Les pelotons continuent de sortir tous les jours, en grande autonomie, pour conduire des patrouilles, des escortes, participer à des opérations de plus grande envergure, mais également chantiers au profit de la population.

un harki du 3e Hussard

AMM8 en patrouille

patrouille sur la frontière

Même si sur le terrain, les opérations militaires conduisent à une élimination progressive du bras armé de la rébellion, son bras politique parvient petit à petit à convaincre le gouvernement français et surtout le général de Gaulle, que l’Algérie ne pourra pas rester éternellement un département français. Il se développe entre la métropole et la colonie un climat très tendu qui conduit en avril 1961 au putsch des généraux, qui s’emparent militairement d’Alger. Ils espèrent forcer le gouvernement à réagir et à ne pas lâcher ceux qui sur place continuent de croire à l’Algérie française. Leur mouvement ne reçoit pas le soutien politique qu’ils espéraient et échoue rapidement. Les régiments y ayant participé sont dissous et un certain nombre d’officiers, de sous-officiers et de soldats emprisonnés, voire fusillés.

 

Le régiment, déployé en opérations à ce moment, a la “chance” de ne pas participer au mouvement de rébellion et donc d’être préservé de la répression. Il est envoyé à Alger pour participer au maintien de l’ordre, avant d’être renvoyé en métropole où il est dissous en 1962 à Lunéville.